Création d’entreprise

Micro-entreprise ou entreprise individuelle : la vraie différence entre régime micro et régime réel

· Par l’équipe Rappli · 14 min de lecture

La micro-entreprise n’est pas une forme juridique à part : c’est une entreprise individuelle (EI) qui applique le régime micro, sur le plan fiscal comme sur le plan social. La différence entre « micro-entreprise » et « entreprise individuelle » porte donc sur le calcul de l’impôt et des cotisations : sur le chiffre d’affaires au régime micro, sur le bénéfice réel au régime réel. Ce guide compare les deux régimes avec les chiffres de 2026 et un exemple calculé.

La réponse courte : une micro-entreprise est une entreprise individuelle au régime micro. L’impôt y est calculé sur le chiffre d’affaires après un abattement forfaitaire de 71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité, et les cotisations sur le chiffre d’affaires encaissé. Les plafonds sont de 203 100 € pour la vente ou de 83 600 € pour les services ; le régime prend fin après deux années de dépassement. Au régime réel, impôt et cotisations portent sur le bénéfice, après déduction des charges réelles. Quand vos charges approchent ou dépassent l’abattement, faites simuler le réel avant de décider.

1. La micro-entreprise est une entreprise individuelle

Une entreprise individuelle permet à une personne d’exercer en son nom propre, sans créer de société : il n’y a ni statuts, ni capital, ni personne morale distincte. La micro-entreprise n’est pas une forme juridique supplémentaire. C’est une EI qui bénéficie du régime micro-fiscal et du régime micro-social, sauf dépassement des plafonds deux années de suite ou option pour le régime réel. « Auto-entrepreneur » est l’ancien nom de ce régime ; les services officiels parlent aujourd’hui de micro-entrepreneur.

Il est donc plus exact de comparer « EI au régime micro » et « EI au régime réel ». Dans les deux cas, l’activité reste exercée par une personne physique, sous le même numéro SIREN. Ce qui change : le calcul du résultat imposable, l’assiette des cotisations, les obligations comptables et les options fiscales. Si vous partez de zéro, suivez d’abord les étapes pour créer une micro-entreprise en 2026.

Après l’immatriculation, vous recevez plusieurs références qui ne désignent pas la même chose : le SIREN identifie l’entreprise, le SIRET un établissement, le RNE le registre national et le code APE l’activité principale statistique.

2. Régime micro ou régime réel : le tableau des différences

SujetEI au régime microEI au régime réel
Impôt sur le revenuChiffre d’affaires moins un abattement forfaitaire : 71 % (vente, restauration, certains hébergements), 50 % (prestations de services commerciales ou artisanales), 34 % (activités libérales), 305 € au minimumBénéfice réel : recettes moins charges déductibles, dont les cotisations sociales obligatoires
Option fiscaleVersement libératoire possible sous condition de revenus du foyer : 1 %, 1,7 % ou 2,2 % du chiffre d’affairesPas de versement libératoire ; option possible pour l’impôt sur les sociétés
Cotisations socialesPourcentage du chiffre d’affaires encaissé, déclaré chaque mois ou chaque trimestre ; rien à payer sans chiffre d’affairesCalculées sur le revenu professionnel, avec des acomptes, une régularisation et des cotisations minimales
ComptabilitéLivre des recettes, registre des achats pour la vente, factures et justificatifsComptabilité complète et déclaration de résultats annuelle, souvent avec un expert-comptable
Plafonds203 100 € (vente, restauration, certains hébergements) ou 83 600 € (services, activités libérales) de chiffre d’affaires annuel, valables de 2026 à 2028Aucun plafond de chiffre d’affaires
TVAFranchise en base possible, selon ses propres seuilsMêmes règles de franchise ; au-delà, TVA facturée, déclarée et récupérable

Les meublés de tourisme ont leurs propres seuils : 83 600 € s’ils sont classés, 15 000 € s’ils ne le sont pas. La simplicité du micro ne signifie pas absence de suivi : vous devez facturer correctement, conserver les justificatifs, déclarer le chiffre d’affaires et surveiller les plafonds. Le réel ne signifie pas non plus société ou impôt sur les sociétés : une EI relève en principe de l’impôt sur le revenu.

3. Le poids des charges : l’exemple qui change la décision

Au régime micro, l’abattement forfaitaire tient lieu de charges : l’administration considère qu’une partie fixe du chiffre d’affaires couvre vos dépenses, quelles qu’elles soient. Vos dépenses réelles ne sont donc jamais déduites une par une. Si elles restent faibles, cette simplicité est souvent avantageuse. Si vous achetez beaucoup de matières, louez un local, financez un véhicule ou sous-traitez, l’écart entre l’abattement et vos dépenses réelles devient déterminant.

Exemple fictif : un artisan encaisse 45 000 € par an de prestations de services commerciales ou artisanales. Au régime micro, l’abattement de 50 % lui accorde 22 500 € de charges forfaitaires : son revenu imposable est de 22 500 €, quelles que soient ses dépenses réelles. Au régime réel, il déduirait ses dépenses, selon les règles des charges déductibles et frais professionnels, puis ses cotisations sociales.

Profil (exemple fictif)Dépenses réellesBase au réel avant cotisationsLecture
A : peu d’achats5 000 €40 000 €Le réel ne donne une base plus faible que si les cotisations déductibles dépassent 17 500 € : à vérifier par simulation
B : matériaux et sous-traitance25 000 €20 000 €La base au réel est déjà inférieure aux 22 500 € du micro, avant même la déduction des cotisations : le réel mérite une étude complète

Les cotisations suivent la même logique. Au micro, elles sont calculées sur les 45 000 € encaissés dans les deux profils. Au réel, elles portent sur le revenu professionnel, bien plus faible pour le profil B. Les taux de 2026 figurent dans notre guide pour calculer ses cotisations de micro-entrepreneur. Au réel, ajoutez aussi le coût de la comptabilité et le temps de gestion.

Ne comparez donc pas seulement des taux. Construisez un compte économique complet : chiffre d’affaires, achats, déplacements, assurance, logiciels, local, matériel, financement, comptabilité et temps administratif. Le guide pour calculer la rentabilité d’une prestation vous aide à retrouver les coûts souvent oubliés.

4. Micro-entreprise et franchise de TVA sont deux sujets distincts

Être micro-entrepreneur ne signifie pas ne jamais facturer de TVA. La franchise en base possède ses propres seuils, plus bas que les plafonds du régime micro, et ses propres règles de dépassement. Une entreprise peut rester au régime micro tout en devenant redevable de la TVA, ou opter volontairement pour la TVA. À l’inverse, passer au régime réel pour le bénéfice ne dit rien, à lui seul, de votre situation de TVA.

Si vos clients sont surtout des particuliers, facturer la TVA augmente le prix TTC ou réduit votre marge. Si ce sont des entreprises assujetties, elles raisonnent généralement hors taxes, sous réserve de leur droit à déduction. Si vous investissez, récupérer la TVA sur vos achats peut compter dans la décision.

Pour suivre les seuils de base et majorés, comprendre la date exacte de sortie de franchise et adapter vos factures, utilisez le guide consacré à la TVA du micro-entrepreneur en 2026.

Vos devis et factures doivent afficher les mentions correspondant à votre situation du jour. La checklist facture rappelle notamment que la mention de franchise en base ne doit pas être utilisée automatiquement parce que l’entreprise est « micro ».

5. Patrimoine personnel : la différence n’est pas micro contre EI

Depuis le 15 mai 2022, date d’entrée en vigueur de la loi du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante, le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel de tout entrepreneur individuel sont séparés automatiquement, sans démarche. La règle vaut pour l’EI au réel comme pour le micro-entrepreneur : le régime micro n’apporte aucune protection supplémentaire.

Cette séparation a des limites. Vous pouvez y renoncer au profit d’un créancier, par exemple une banque avant un prêt. L’administration fiscale et les organismes sociaux peuvent poursuivre les deux patrimoines pour certaines dettes, comme l’impôt sur le revenu ou la taxe foncière, et en cas de manœuvres frauduleuses ou de manquements graves et répétés. Enfin, les deux patrimoines sont réunis quand l’activité cesse.

Analysez donc les risques de l’activité, les engagements bancaires, les contrats et le besoin éventuel d’une société, plutôt que le régime fiscal. Le régime choisi ne supprime pas la responsabilité liée à l’activité : vérifiez séparément si une assurance RC Pro est obligatoire ou utile, puis comparez les garanties, exclusions, plafonds et franchises au lieu de vous fier au seul prix.

6. La comparaison à faire avant de décider

Préparez trois scénarios sur douze mois : prudent, central et haut. Pour chacun, estimez le chiffre d’affaires encaissé, les dépenses, les investissements, la TVA, les cotisations, l’impôt, le coût de gestion et le revenu disponible. Ajoutez un scénario de dépassement de plafond pour ne pas découvrir les conséquences après coup.

  1. qualifiez précisément l’activité : vente, service commercial, artisanal ou libéral ;
  2. projetez le chiffre d’affaires réaliste et sa saisonnalité ;
  3. listez les charges réellement payées ;
  4. simulez micro, réel et situation de TVA, par exemple avec les simulateurs de l’Urssaf ;
  5. intégrez comptabilité, logiciel et temps de gestion ;
  6. comparez trésorerie, revenu disponible et capacité d’investissement ;
  7. faites vérifier le scénario retenu par un expert-comptable avant la formalité.

Le plan de trésorerie à 13 semaines complète cette projection au démarrage : un régime peut sembler intéressant sur l’année tout en créant un décalage de trésorerie difficile à absorber. Et quel que soit le régime, votre prix doit couvrir le temps, les dépenses et les périodes non facturées : le guide calculer son taux horaire fournit une méthode distincte de la décision fiscale.

7. Passer du régime micro au régime réel

Deux situations principales font quitter le régime micro. La première est le dépassement des plafonds pendant deux années civiles consécutives : le régime réel s’applique alors au 1er janvier suivant. La seconde est l’option volontaire. Elle s’adresse au service des impôts des entreprises au plus tard à la date limite de dépôt de la déclaration de résultats de l’année précédente. Elle vaut un an et se renouvelle automatiquement.

Opter pour le réel fait aussi perdre le régime micro-social : vos cotisations seront calculées sur votre revenu professionnel. Si vous aviez choisi le versement libératoire de l’impôt sur le revenu, il prend fin lui aussi. Ne changez pas de régime sur la base d’un seul mois exceptionnel : étudiez la date d’effet, la TVA, le stock, les immobilisations et les déclarations à venir.

Une EI imposée au régime réel peut aussi opter pour l’impôt sur les sociétés : elle est alors assimilée à une EURL, sans créer de société. L’option se fait dans les trois premiers mois de l’exercice concerné, et l’entrepreneur dispose de cinq ans pour y renoncer. Si votre projet est plutôt de créer une vraie société, lisez comment passer de la micro-entreprise à une société : étapes et coûts, puis la grille de choix entre entreprise individuelle et société. Une société devra ensuite faire approuver ses comptes chaque année, selon le calendrier d’approbation des comptes en SAS et SARL.

Les formalités de création, de modification et de cessation passent par le guichet unique des formalités d’entreprises. Méfiez-vous des sites qui ressemblent à un service officiel mais facturent un accompagnement non indispensable.

8. Les autres démarches du micro-entrepreneur

Ce guide pose le cadre. Pour chaque étape de la vie d’une micro-entreprise, un article dédié détaille la démarche : voici lequel lire selon votre question.

Pour organiser le reste de l’activité, des priorités au planning, consultez notre guide d’organisation d’une petite entreprise.

Sources officielles : Service Public Entreprendre — entrepreneur individuel, distinction avec la micro-entreprise et option pour l’impôt sur les sociétés (vérifiée le 21 février 2026) ; Service Public Entreprendre — régime fiscal de la micro-entreprise : abattements, versement libératoire et option pour le réel (vérifiée le 13 mai 2026) ; Service Public Entreprendre — seuils de chiffre d’affaires et dépassement (vérifiée le 21 février 2026) ; Service Public Entreprendre — séparation des patrimoines de l’entrepreneur individuel ; impots.gouv.fr — conditions du versement libératoire et plafonds 2026-2028 (modifiée le 16 juin 2026) ; Urssaf — simulateurs mon-entreprise ; Guichet unique officiel des formalités d’entreprises ; impots.gouv.fr — régimes et obligations de TVA. Consultées le 29 septembre 2026. Les plafonds, taux et délais évoluent : vérifiez les valeurs applicables au moment de votre décision.

Questions fréquentes

Quelle différence entre auto-entrepreneur et entreprise individuelle ?

Il n’y a pas de différence de forme juridique. L’auto-entrepreneur, appelé aujourd’hui micro-entrepreneur, est un entrepreneur individuel qui applique le régime micro. Un entrepreneur individuel au régime réel exerce sous la même forme, mais calcule impôt et cotisations sur son bénéfice.

Une micro-entreprise est-elle une société ?

Non. C’est une entreprise individuelle qui bénéficie d’un régime simplifié. Elle n’a pas la personnalité morale d’une SASU ou d’une EURL.

Peut-on déduire ses frais en micro-entreprise ?

Non : au régime micro, un abattement forfaitaire de 71 %, 50 % ou 34 % remplace la déduction des dépenses réelles. Suivez tout de même vos coûts pour piloter la rentabilité et savoir quand le réel devient intéressant.

Comment passer du régime micro au régime réel ?

Par une option adressée au service des impôts des entreprises, au plus tard à la date limite de dépôt de la déclaration de résultats de l’année précédente. Elle vaut un an, se renouvelle automatiquement et met fin au régime micro-social. Le passage est automatique après deux années civiles consécutives au-dessus des plafonds.

Faut-il quitter la micro-entreprise dès que les charges augmentent ?

Pas automatiquement. Comparez plusieurs scénarios complets avec cotisations, impôt, TVA, gestion et trésorerie. Une charge isolée ne suffit pas à conclure.

Peut-on embaucher en micro-entreprise ?

Le régime ne l’interdit pas, mais le salaire et les charges patronales ne sont pas déductibles au micro, et les plafonds limitent la croissance. Simulez le coût total et l’activité attendue avant l’embauche.

En résumé

La micro-entreprise est déjà une entreprise individuelle : votre choix porte sur le régime micro ou le régime réel. Le micro calcule impôt et cotisations sur le chiffre d’affaires, avec un abattement forfaitaire et des plafonds ; le réel les calcule sur le bénéfice, après les charges réelles. Comparez les deux avec vos chiffres de l’année avant de décider.

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