BTP et fiscalité

Autoliquidation de TVA en sous-traitance BTP : le guide pratique

· Par l’équipe Rappli · 15 min de lecture

Dans certaines sous-traitances de travaux immobiliers réalisées en France, le sous-traitant facture hors taxe et le donneur d’ordre déclare lui-même la TVA. Ce mécanisme ne s’applique pas à toute relation entre deux entreprises du bâtiment, ni à toute fourniture posée sur un chantier. Une qualification erronée produit une facture fausse et une déclaration incohérente. Voici une méthode centrée sur l’autoliquidation nationale prévue pour la sous-traitance BTP, sans traiter les autres mécanismes liés aux opérations internationales.

La réponse courte : vérifiez une relation réelle de sous-traitance, des travaux immobiliers situés en France et un donneur d’ordre assujetti. Si le mécanisme s’applique, le sous-traitant émet une facture HT portant la mention « Autoliquidation » ; le donneur d’ordre déclare la TVA due et, s’il y a droit, la déduit selon les règles habituelles. Un entrepreneur principal qui facture directement son client final n’utilise pas ce régime pour cette facture.

Ce guide vise le sous-traitant établi en France. Lorsqu’il est établi dans un autre État, l’autoliquidation peut relever des règles applicables aux prestataires non établis en France : territorialité, identification TVA et facturation doivent alors être vérifiées séparément.

Texte applicable en 2026 : le mécanisme relève de l’article 283, 2 nonies du CGI jusqu’au 31 décembre 2026. Le transfert des règles de TVA dans le Code des impositions sur les biens et services (CIBS), d’abord prévu au 1er septembre 2026, a été reporté au 1er janvier 2027 par l’ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026. L’autoliquidation BTP y figurera à l’article L. 221-38, selon la rédaction publiée à ce jour, et les anciennes références au CGI resteront admises pendant une période transitoire prolongée jusqu’au 30 juin 2028. Le fonctionnement décrit ici ne change pas.

1. Posez quatre questions avant de choisir le régime de TVA

Première question : l’opération relève-t-elle de la TVA française ? Le chantier et les travaux immobiliers doivent être situés en France pour le dispositif national présenté ici. Deuxième question : existe-t-il une relation de sous-traitance ? Le prestataire doit exécuter, sous la responsabilité d’un entrepreneur, tout ou partie d’un contrat d’entreprise confié à ce dernier. Une simple vente entre fournisseurs ou une prestation rendue directement au maître d’ouvrage n’est pas automatiquement une sous-traitance.

Troisième question : la prestation est-elle un travail immobilier visé par le texte ? Il faut qualifier ce qui est réellement exécuté, pas seulement le code d’activité ou le métier figurant sur le devis. Quatrième question : le preneur, donneur d’ordre, agit-il comme assujetti ? Les réponses doivent être documentées par le contrat, le devis accepté, le bon de commande, l’adresse du chantier et la description technique.

Un contrat formel intitulé « sous-traitance » est utile, mais l’administration peut tenir compte d’autres preuves de l’accord : devis signé, bon de commande ou échanges précis. À l’inverse, écrire « autoliquidation » sur une facture ne transforme pas une vente ordinaire en sous-traitance. Avant l’intervention, sécurisez les responsabilités, le prix, les délais et les assurances avec notre checklist du contrat de sous-traitance pour artisan.

2. Identifiez les travaux immobiliers concernés

Le dispositif couvre les travaux de construction, réparation, nettoyage, entretien, transformation et démolition portant sur un immeuble, lorsqu’ils sont exécutés par un sous-traitant pour le compte d’un assujetti. Il peut concerner le gros œuvre comme certains travaux de second œuvre : maçonnerie, couverture, plomberie incorporée, électricité du bâtiment, peinture, pose de revêtements ou nettoyage réalisé dans le prolongement ou comme accessoire des travaux immobiliers visés, selon la réalité de la prestation.

Le nettoyage n’entre dans ce dispositif que s’il prolonge ou accompagne les travaux immobiliers visés. Une opération de nettoyage faisant l’objet d’un contrat de sous-traitance séparé en est exclue. Décrivez donc le lien avec le chantier dans le devis et le contrat au lieu de vous fier au seul mot « nettoyage ».

La chaîne peut comporter plusieurs rangs. Un sous-traitant qui confie lui-même une partie des travaux à une autre entreprise peut devenir donneur d’ordre pour cette partie ; le mécanisme s’apprécie à chaque relation. Il ne suffit donc pas de connaître le client final. Cartographiez les contrats : maître d’ouvrage, entrepreneur principal, sous-traitant de rang un, puis éventuels rangs suivants. Associez chaque facture au contrat auquel elle se rattache.

La fourniture de matériaux incorporés par le sous-traitant suit en principe la prestation de travaux lorsqu’elle en est un élément. Une ligne distincte ne change pas nécessairement la qualification d’un ensemble unique. En revanche, une vente autonome de matériaux ou d’équipements mobiliers reste une livraison de biens ordinaire. Décrivez précisément la fourniture, la pose, l’incorporation à l’immeuble et la responsabilité de l’exécutant pour éviter une décision fondée sur un intitulé commercial trop général.

3. Séparez les exclusions et les prestations mixtes

La fabrication ou la simple livraison de matériaux, même destinés à un chantier, n’est pas en elle-même un travail immobilier sous-traité. Il en va de même, en principe, d’un équipement qui conserve un caractère mobilier et peut être retiré sans affecter l’immeuble. Un contrat de location d’engins ou de matériels de chantier conclu à part est exclu, même avec montage et démontage sur le site ; prévue dans le même contrat de sous-traitance que des travaux, la location suit l’autoliquidation de l’ensemble (voir ci-dessous). Les études, diagnostics, missions intellectuelles ou prestations de maîtrise d’œuvre doivent également être analysés pour ce qu’ils sont.

Une entreprise peut réaliser sur la même affaire une vente, une prestation intellectuelle et des travaux immobiliers. Le découpage contractuel est alors décisif. Dans un rescrit publié au BOFiP le 9 septembre 2026, l’administration indique que, lorsque des prestations relevant de l’autoliquidation et d’autres qui n’en relèveraient pas sont prévues dans le même contrat de sous-traitance, la TVA est autoliquidée sur l’ensemble. Lorsqu’elles font l’objet de contrats distincts, chacune suit son propre régime. Fixez donc le périmètre du contrat avant de rédiger devis et factures : la cohérence entre contrat, devis, facture, comptabilité et déclaration compte autant que la mention finale.

Relation et opérationTraitement probablePoint à prouver
Sous-traitant posant une installation incorporéeAutoliquidation si les autres conditions sont réuniesTravail immobilier et chaîne contractuelle
Même contrat de sous-traitance mêlant travaux et étude, ou location de matériel accompagnée de travauxAutoliquidation de l’ensemble du contratContenu du contrat unique
Négociant livrant seulement des matériauxTVA ordinaireAbsence d’exécution immobilière
Architecte facturant une étudeAnalyse hors dispositif BTP décrit iciNature intellectuelle de la mission
Entrepreneur principal facturant le maître d’ouvrageTVA ordinaire, sauf autre règle spécifiqueFacture directe au client de l’ouvrage
Sous-traitant sous franchise en basePas de TVA facturée au titre de la franchiseRégime fiscal du sous-traitant

Le dernier cas mérite une frontière nette : une entreprise sous franchise en base ne facture pas la TVA et utilise la mention propre à la franchise, sous réserve de sa situation. Elle ne doit pas choisir la mention « Autoliquidation » comme simple équivalent. Le guide sur la franchise en base de TVA explique ce régime distinct.

4. Établissez la facture HT du sous-traitant

Lorsque l’autoliquidation BTP est applicable, le sous-traitant n’encaisse pas la TVA correspondante. Sa facture indique le montant hors taxe et porte la mention « Autoliquidation ». Elle conserve toutes les autres mentions obligatoires : date, numéro, identité et adresse des parties, description précise, quantité, prix, échéance et pénalités. L’adresse du chantier et la référence du marché ou du bon de commande facilitent le rapprochement.

N’ajoutez pas un taux puis un montant de TVA à zéro comme si une remise avait annulé la taxe. La facture doit rendre le mécanisme compréhensible. Dans le devis et le contrat, prévoyez aussi que le prix sera facturé selon le régime applicable à la date de l’opération. Notre checklist des mentions obligatoires permet de contrôler le socle documentaire, tandis que le présent guide tranche uniquement la particularité de l’autoliquidation.

Le sous-traitant déclare le montant hors taxe sans TVA collectée. Sur la déclaration CA3, il le reporte en ligne E2 : selon la notice officielle de 2026, cette ligne regroupe plusieurs autres opérations et vise notamment les travaux de l’article 283, 2 nonies. Il conserve le contrat, les situations de travaux, les procès-verbaux et les paiements. Le montant facturé doit coïncider avec les recettes et les travaux réellement exécutés. Une facture HT ne signifie pas que l’opération échappe à toute déclaration.

5. Côté donneur d’ordre, déclarez simultanément la taxe due et déductible

Le donneur d’ordre calcule la TVA sur le montant hors taxe des travaux sous-traités et la porte parmi ses opérations taxables, dans la rubrique prévue pour les opérations autoliquidées. Sur la CA3, la base hors taxe figure en ligne A2, qui vise expressément ces travaux, et la taxe sur la ligne du taux concerné (08, 09 ou 9B).

S’il dispose d’un droit à déduction, il inscrit simultanément la TVA déductible, en ligne 20 pour des biens et services courants. L’effet de trésorerie peut alors être neutre, mais l’obligation déclarative subsiste : la notice de la CA3 rappelle qu’une TVA autoliquidée non déclarée, même déductible, est sanctionnée par une amende de 5 % des droits à déduction concernés. Pour le calendrier et le choix du formulaire, voyez notre guide de la déclaration de TVA CA3 ou CA12.

Les entreprises au régime simplifié déclarent encore ces opérations sur la CA12 annuelle pour 2026. Ce régime est supprimé au 1er janvier 2027 : la dernière CA12, pour un exercice clos le 31 décembre 2026, doit être déposée au plus tard le 4 mai 2027. Ensuite, sous-traitants et donneurs d’ordre concernés déclarent sur la CA3, chaque mois ou chaque trimestre selon leur chiffre d’affaires.

Le taux dépend des travaux facturés. Pour les prestations de sous-traitance effectuées depuis le 1er janvier 2026, le donneur d’ordre autoliquide en métropole au taux de 5,5 %, 10 % ou 20 % correspondant aux travaux si toutes les conditions sont réunies ; les taux territoriaux peuvent différer. Dans la relation d’autoliquidation avec le sous-traitant, la certification prévue pour les taux réduits de 5,5 % et 10 % n’a pas à être mise en œuvre puisque le donneur d’ordre est le redevable. Il doit néanmoins conserver assez d’informations techniques pour justifier le taux choisi et ventiler les catégories de travaux.

Exemple fictif : un plaquiste sous-traitant facture 10 000 € HT à une entreprise générale, avec la mention « Autoliquidation » et sans TVA, et encaisse 10 000 €. Si les travaux relèvent du taux normal, l’entreprise générale déclare une base de 10 000 € et 2 000 € de TVA due, puis 2 000 € de TVA déductible si son droit à déduction est complet : le solde est nul.

S’il s’agit de travaux d’amélioration dans un logement achevé depuis plus de deux ans et éligibles au taux de 10 %, la TVA autoliquidée est de 1 000 €. Les règles de déduction sont rappelées dans notre guide pour récupérer la TVA sur ses achats professionnels.

En comptabilité, utilisez des comptes ou codes de taxe dédiés afin de faire apparaître la base, la taxe due et la taxe déductible. Rapprochez chaque mois les factures HT reçues, les montants autoliquidés et les paiements. Ce circuit évite deux erreurs fréquentes : déduire une TVA qui ne figure pas sur la facture sans déclarer la taxe due, ou enregistrer le montant TTC fictif comme une dette envers le sous-traitant.

6. Gérez correctement acomptes, situations et paiement direct

Les acomptes et situations de travaux suivent le régime de l’opération principale lorsque les conditions sont réunies. Le sous-traitant émet une facture d’acompte HT avec la mention d’autoliquidation ; le donneur d’ordre traite l’exigibilité et la déclaration selon les règles applicables aux prestations de services, expliquées dans notre guide sur la TVA sur les encaissements ou sur les débits. Reliez chaque acompte à la situation finale pour éviter de déclarer deux fois la même base. Notre guide sur la facturation des acomptes aide à tenir ce rapprochement.

En cas de paiement direct du sous-traitant par le maître d’ouvrage, le paiement porte sur le montant HT lorsque le dispositif s’applique. Le donneur d’ordre, qui reste preneur des travaux sous-traités, autoliquide la TVA. Il faut donc transmettre aux trois parties une situation cohérente : montant approuvé, part payée directement, retenues éventuelles et base à déclarer. Le flux bancaire ne modifie pas à lui seul la relation fiscale.

Une retenue de garantie, une révision de prix ou un avoir doit également être rattaché à la base initiale. Conservez le détail par chantier et par sous-traitant. Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise doit pouvoir recevoir des factures électroniques ; l’émission électronique s’imposera aux PME et micro-entreprises le 1er septembre 2027. Vérifiez dès maintenant que votre outil sait produire et lire une facture sans TVA portant la mention « Autoliquidation », avec la bonne catégorie de TVA. Le calendrier complet figure dans notre guide sur la facturation électronique des TPE.

7. Corrigez la facture et la déclaration sans masquer l’historique

Si le sous-traitant a facturé de la TVA alors que l’autoliquidation s’imposait, le donneur d’ordre ne doit pas simplement la déduire comme une taxe régulièrement facturée. Demandez une facture rectificative ou un avoir, puis une facture HT avec la bonne mention. Le sous-traitant corrige sa TVA collectée et le donneur d’ordre régularise sa déclaration selon les périodes et modalités applicables.

Si, à l’inverse, une facture a été émise HT alors que l’opération relevait de la TVA ordinaire, le fournisseur doit établir la correction et réclamer éventuellement le complément. Informez rapidement le client, car la qualification affecte aussi son propre traitement. N’effacez ni la pièce initiale ni les déclarations : reliez-les aux documents correctifs et conservez la justification de la nouvelle analyse.

Une erreur découverte avant dépôt peut être corrigée dans la déclaration en préparation. Après dépôt, le traitement dépend de la nature, du montant et de la période. Consultez le service des impôts ou un professionnel pour les régularisations sensibles. Le guide avoir et facture rectificative détaille la piste d’audit documentaire.

8. Utilisez une checklist par contrat et par facture

  1. Localisez le chantier et confirmez que la TVA française est concernée.
  2. Identifiez le maître d’ouvrage, l’entrepreneur et chaque rang de sous-traitance.
  3. Décrivez la prestation réelle, y compris fourniture, pose et incorporation.
  4. Séparez les ventes, locations ou études autonomes des travaux immobiliers.
  5. Vérifiez le régime de TVA des deux entreprises à la date de l’opération.
  6. Faites concorder contrat, devis, situation, facture et adresse du chantier.
  7. Contrôlez la mention « Autoliquidation » et l’absence de TVA facturée.
  8. Rapprochez la base déclarée par le donneur d’ordre des factures reçues.
  9. Suivez acomptes, paiements directs, retenues, avoirs et solde final.

Ajoutez à votre dossier l’attestation de vigilance Urssaf lorsqu’elle est requise, sans la confondre avec une preuve du régime de TVA. Les deux contrôles servent des obligations différentes. Une fiche de chantier bien tenue réduit le risque de demander au sous-traitant une correction plusieurs mois après la clôture.

Sources officielles et primaires : CGI, article 283, 2 nonies — texte applicable jusqu’au 31 décembre 2026 ; CIBS, article L. 221-38 — rédaction publiée, entrée en vigueur reportée au 1er janvier 2027 ; Légifrance — rapport au Président de la République sur l’ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026 (report au 1er janvier 2027) ; BOFiP — rescrit BOI-RES-TVA-000269 du 9 septembre 2026 sur les contrats mixtes ; impots.gouv.fr — notice 2026 de la déclaration CA3 (lignes A2, E2 et amende de 5 %) ; impots.gouv.fr — suppression du régime simplifié de TVA (CA12) au 1er janvier 2027 (actualité du 22 septembre 2026) ; BOFiP — champ, territorialité et exclusions de l’autoliquidation BTP ; BOFiP — taux réduits et certification en autoliquidation ; BOFiP — mentions particulières des factures. Consultées le 3 août 2026 ; textes du CGI et du CIBS, report, rescrit, taux réduits et notice CA3 revérifiés le 29 septembre 2026, rescrit sur la location de matériel et fin de la CA12 vérifiés le 1er octobre 2026. Les cas mixtes, taux et régularisations exigent une analyse des contrats et des faits ; ce guide ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé.

Questions fréquentes

Faut-il un contrat écrit pour autoliquider la TVA ?

Un écrit formel est fortement recommandé, mais l’existence de la sous-traitance peut être établie par un devis, un bon de commande ou d’autres preuves de l’accord. La nature réelle des travaux et la chaîne contractuelle restent déterminantes.

Un artisan facture-t-il sans TVA au particulier propriétaire ?

Pas au titre de ce mécanisme. La facture directe de l’entrepreneur principal au maître d’ouvrage n’est pas une facture de sous-traitance. Elle suit la TVA ordinaire ou le régime propre de l’entreprise, sous réserve d’une autre règle applicable.

Quelle mention placer sur la facture ?

Lorsque le dispositif s’applique, la facture HT porte la mention « Autoliquidation ». Une entreprise sous franchise en base utilise la mention liée à la franchise : les deux situations ne doivent pas être confondues.

Le donneur d’ordre paie-t-il de la TVA au sous-traitant ?

Non. Il paie le montant HT au sous-traitant, puis déclare lui-même la TVA due. Il peut la déduire simultanément s’il remplit les conditions de droit commun.

En résumé

L’autoliquidation BTP vise une relation de sous-traitance portant sur des travaux immobiliers en France. Le sous-traitant facture HT avec la mention requise ; le donneur d’ordre calcule et déclare la taxe. La qualification doit être faite prestation par prestation, en séparant ventes, études et factures directes au maître d’ouvrage.

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