Assurance professionnelle

Assurance décennale artisan : obligation, attestation et vérifications

· Par l’équipe Rappli · 10 min de lecture

La garantie décennale n’est pas une étiquette générale couvrant tout ce qu’un artisan sait faire. Le contrat vise des activités déclarées, des techniques, une période et parfois des limites précises. Avant un chantier, il faut donc vérifier que l’entreprise est concernée, que l’activité exacte figure au contrat et que l’ouverture de chantier intervient pendant sa validité.

La checklist courte : souscrivez avant l’ouverture du chantier si votre responsabilité décennale peut être engagée, déclarez toutes les activités et techniques réellement pratiquées, contrôlez la période, la zone et les exclusions, remettez l’attestation au maître d’ouvrage avant le début des travaux et conservez contrat, attestation, devis, procès-verbal de réception et preuves du chantier. Toute nouvelle activité doit être validée par écrit par l’assureur avant d’être vendue.

1. Ce que couvre la responsabilité décennale

La responsabilité décennale concerne, pendant dix ans à compter de la réception, certains dommages compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Elle peut aussi viser la solidité d’éléments d’équipement indissociables selon le cadre légal applicable.

L’assurance de responsabilité civile décennale garantit cette responsabilité dans le périmètre du contrat. Elle doit être souscrite avant le démarrage des travaux concernés. Service-Public précise que la garantie s’applique aux travaux dont l’ouverture de chantier intervient pendant la période de validité du contrat.

La décennale ne remplace ni la responsabilité civile professionnelle, ni la garantie de parfait achèvement, ni la garantie biennale. L’article sur la RC Pro de l’indépendant explique la différence entre dommages causés pendant l’activité et désordres relevant de la construction.

2. Qui doit vérifier cette obligation ?

Sont notamment concernés les constructeurs liés au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage, selon leur activité et leur rôle : entrepreneurs, artisans, techniciens, architectes et autres intervenants entrant dans le champ légal. Le statut de micro-entrepreneur ne dispense pas de l’obligation.

Le sous-traitant n’a pas de lien contractuel direct avec le maître d’ouvrage et n’est pas soumis de la même manière à la responsabilité décennale à son égard. Il reste responsable envers l’entreprise principale des obligations prises dans le contrat de sous-traitance. Son assurance doit correspondre à ses risques réels, et l’entreprise principale peut exiger une attestation : la checklist du contrat de sous-traitance entre artisans détaille ces pièces.

La frontière dépend des travaux. Une entreprise qui pose, rénove, conçoit ou modifie un ouvrage doit décrire précisément son intervention à l’assureur. Ne concluez pas « je ne touche pas au gros œuvre, donc je ne suis pas concerné » sans analyse.

3. Quels désordres peuvent relever de la décennale ?

Un dommage esthétique mineur ou une usure normale n’entre pas automatiquement dans la décennale. Le désordre doit répondre aux critères légaux et être apprécié selon l’ouvrage et son usage. Une infiltration importante, un affaissement, un défaut rendant un logement inhabitable ou une installation indissociable dangereuse peuvent soulever la question.

La réception des travaux est un jalon essentiel : elle déclenche les garanties légales et constate l’acceptation de l’ouvrage avec ou sans réserves. Formalisez-la par un procès-verbal daté. Conservez les réserves, leur levée et les échanges.

GarantieDurée indicativeObjet général
Parfait achèvement1 an après réceptionDésordres signalés selon les règles applicables
Bon fonctionnement2 ans après réceptionÉléments d’équipement dissociables concernés
Décennale10 ans après réceptionSolidité ou impropriété à destination notamment

Ce tableau donne des repères généraux. Le classement d’un désordre dépend des faits, des contrats et de la jurisprudence.

4. Vérifier l’activité déclarée, pas seulement le mot « décennale »

Comparez chaque ligne de l’attestation à votre offre réelle. Une activité « plomberie intérieure » ne couvre pas nécessairement tous les travaux de chauffage, de piscine, de toiture ou de génie civil. Les techniques non courantes, procédés nouveaux, matériaux particuliers ou montants élevés peuvent nécessiter une déclaration.

  • raison sociale et numéro d’identification exacts ;
  • activités garanties et définitions contractuelles ;
  • techniques courantes ou restrictions ;
  • zone géographique ;
  • période de validité ;
  • montant des chantiers ou ouvrages ;
  • franchises et plafonds ;
  • exclusions ;
  • obligations de déclaration ;
  • coordonnées pour vérifier l’attestation.

Demandez une confirmation écrite avant d’accepter un chantier situé à la limite du contrat. Un courtier ou agent peut expliquer, mais seul le document contractuel à jour détermine le périmètre. Gardez la réponse avec le dossier.

5. Ce que l’attestation doit permettre de vérifier

Avant l’ouverture du chantier, le professionnel remet au maître d’ouvrage une attestation d’assurance de responsabilité civile décennale. Service-Public précise que cette attestation doit aussi être jointe aux devis et à la facture. La facture d’une entreprise artisanale soumise à une assurance professionnelle obligatoire indique en outre les références du contrat, les coordonnées de l’assureur ou du garant et la couverture géographique. Vérifiez ces points avec les checklists des mentions obligatoires d’un devis et des mentions obligatoires d’une facture.

Lisez l’attestation en entier. Vérifiez qu’elle couvre la date d’ouverture prévue, que le nom correspond à l’entreprise qui signe le devis et que l’activité décrite correspond aux travaux. Un logo d’assureur ou une année en cours ne suffit pas.

Le client ou l’entreprise principale peut appeler l’assureur aux coordonnées officielles pour vérifier l’authenticité. Transmettez une copie lisible, pas une photo recadrée. Si le chantier glisse après l’expiration, demandez une attestation couvrant la nouvelle période et confirmez l’effet sur le contrat.

6. Le dossier à constituer avant et après les travaux

  • demande et diagnostic initial ;
  • devis détaillé et plans ;
  • CGV et annexes acceptées ;
  • attestation valide à l’ouverture ;
  • fiches techniques et avis applicables ;
  • preuves d’approvisionnement et lots ;
  • photos datées des étapes non visibles ensuite ;
  • avenants et validations du client ;
  • comptes rendus de chantier ;
  • procès-verbal de réception et réserves ;
  • factures et preuves de paiement ;
  • coordonnées des sous-traitants et attestations utiles.

Ne photographiez pas inutilement des données personnelles ou l’intérieur d’un logement. Informez le client de l’usage des photos et limitez l’accès au dossier. Une preuve utile doit rester organisée et retrouvable dix ans plus tard.

Si le périmètre change, établissez un avenant avant d’exécuter. Vérifiez l’impact sur le contrat d’assurance et sur le prix. Une instruction orale du client ne sécurise pas un travail différent.

7. Que faire lorsqu’un client signale un désordre ?

Accusez réception, sécurisez les personnes et les biens si nécessaire, recueillez les faits sans reconnaître précipitamment une responsabilité. Demandez photos, date d’apparition et évolution. Retrouvez le dossier, l’attestation, la réception et les intervenants.

Déclarez le sinistre à l’assureur dans le délai et selon les modalités du contrat. N’entreprenez pas une réparation irréversible susceptible d’empêcher l’expertise, sauf mesure conservatoire urgente. Documentez ce qui est fait et suivez les instructions.

Restez factuel avec le client : prochaine étape, interlocuteur et délai. Une réponse silencieuse aggrave le conflit. Le guide pour répondre à un client mécontent aide à cadrer l’échange sans faire de promesse prématurée.

8. Que risque un constructeur sans assurance décennale ?

Ne pas souscrire l’assurance décennale obligatoire est une infraction pénale : Service-Public indique une peine de 6 mois d’emprisonnement et/ou 75 000 € d’amende (Code des assurances, article L243-3). Ces sanctions ne visent pas le particulier qui construit un logement pour l’occuper lui-même ou le faire occuper par son conjoint, ses ascendants ou ses descendants (ou ceux de son conjoint).

La sanction ne supprime pas la responsabilité : pendant dix ans après la réception, le client peut agir contre l’entreprise, qui devra alors financer seule la réparation d’un dommage décennal. En pratique, un client averti ou une entreprise principale refusera aussi de signer sans attestation valide.

Si deux assureurs refusent de vous couvrir alors que l’assurance est obligatoire, vous pouvez saisir le Bureau central de tarification (BCT), compétent notamment pour l’assurance construction. Le BCT fixe alors le montant de la prime que l’assureur devra appliquer pour vous garantir.

9. Les erreurs les plus risquées

  • souscrire après l’ouverture du chantier ;
  • penser que toute activité de l’entreprise est automatiquement couverte ;
  • utiliser une attestation expirée ou d’une autre entité ;
  • omettre une technique non courante ;
  • minorer systématiquement la taille des chantiers ;
  • ne pas formaliser la réception ;
  • modifier les travaux sans avenant ;
  • perdre les preuves après un changement de logiciel ;
  • confondre RC Pro, décennale et dommages-ouvrage ;
  • tarder à déclarer un sinistre.

Faites relire votre couverture lors de toute évolution : nouvelle spécialité, embauche, sous-traitance, zone, matériel, technique ou seuil de chantier. Le coût d’une extension doit être intégré au prix avant de commercialiser le service.

Après la réception, ne qualifiez pas chaque défaut de décennal : comparez parfait achèvement, garantie biennale et responsabilité décennale avant de choisir la démarche.

Sources officielles : Service-Public — garantie décennale des constructeurs, vérifié le 10 avril 2026 ; Service Public Entreprendre — mentions obligatoires d’une facture, vérifié le 11 août 2026 ; Service Public Entreprendre — refus d’assurance et bureau central de tarification ; Legifrance — article 1792 du Code civil ; Legifrance — article L241-1 du Code des assurances ; Legifrance — article L243-3 du Code des assurances (sanctions) ; ANIL — réception et garanties après travaux. Pages Service-Public consultées le 29 septembre 2026, article L243-3 le 1er octobre 2026, autres sources le 2 août 2026. Ce contenu ne remplace pas l’analyse de votre assureur ou d’un juriste.

Questions fréquentes

La décennale est-elle obligatoire pour un micro-entrepreneur ?

Le régime micro ne crée pas d’exemption. Si l’activité entre dans le champ de la responsabilité décennale, l’obligation d’assurance s’applique.

La décennale couvre-t-elle tous les travaux de l’entreprise ?

Non. Le périmètre dépend des activités et techniques déclarées, de la période, de la zone et des conditions du contrat.

Quand remettre l’attestation au client ?

Avant l’ouverture du chantier. Le client doit pouvoir vérifier la couverture correspondant aux travaux avant leur démarrage.

Que risque un artisan qui travaille sans décennale ?

Jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, selon Service-Public. Il reste en outre responsable pendant dix ans après la réception et doit alors payer lui-même les réparations d’un dommage décennal.

Décennale et dommages-ouvrage : quelle différence ?

La décennale est souscrite par le constructeur pour couvrir sa responsabilité. La dommages-ouvrage est une assurance que le maître d’ouvrage doit souscrire : elle finance les réparations relevant de la garantie décennale sans attendre que les responsabilités de chacun soient établies.

Un sous-traitant doit-il avoir une décennale ?

Il n’est pas directement tenu envers le maître d’ouvrage dans les mêmes conditions, mais reste responsable envers l’entreprise principale. Une assurance adaptée à ses engagements et risques est nécessaire à vérifier.

En résumé

La décennale se contrôle chantier par chantier. Vérifiez l’activité exacte, la date d’ouverture, la technique, la zone et les limites ; remettez l’attestation avant les travaux ; formalisez les changements et la réception ; conservez un dossier complet. Une attestation générique ne protège pas une prestation située hors du contrat.

Découvrez Rappli

Après un appel manqué renvoyé vers Rappli, votre client peut recevoir automatiquement un SMS, si son numéro et vos réglages le permettent. Choisissez « SMS avec formulaire » pour recueillir sa demande, ou « SMS personnalisé » pour partager votre texte et vos liens utiles.

Essayer Rappli gratuitement Jusqu’à 30 jours (30 SMS avec formulaire ou 100 SMS personnalisé), sans engagement. Moyen de paiement demandé à l’inscription. Détails de l’essai.