Devis et paiement

Acompte ou arrhes : choisir la bonne mention sur un devis

· Par l’équipe Rappli · 11 min de lecture

Acompte et arrhes sont deux paiements versés avant la fin d’une prestation. Ils ne produisent pourtant pas les mêmes effets en cas d’annulation. La bonne pratique consiste à choisir le terme qui correspond réellement à votre accord, à l’écrire sans ambiguïté sur le devis et à expliquer ce qu’il implique.

La différence essentielle : un acompte confirme en principe un engagement ferme des deux parties. Des arrhes permettent au client de renoncer en les perdant ; si le professionnel renonce, il peut devoir les restituer au double. Pour un contrat conclu avec un consommateur, une somme versée d’avance est présumée constituer des arrhes si rien d’autre n’est précisé, sauf pour une commande spéciale sur devis. Et pour un devis signé au domicile du client, aucun versement ne peut être reçu pendant 7 jours.

1. Acompte et arrhes : deux engagements différents

Point comparéAcompteArrhes
NaturePremier paiement sur une commande fermeSomme permettant un dédit selon les règles applicables
Client qui renoncePeut rester tenu par son engagement et s’exposer à une demande d’exécution ou d’indemnisationPerd en principe les arrhes versées
Professionnel qui renoncePeut engager sa responsabilité et devoir indemniser le préjudicePeut devoir rembourser le double des arrhes
Si le document ne précise rien en B2CLa somme avancée par un consommateur est présumée être constituée d’arrhes, sauf commande spéciale sur devis

Cette comparaison donne le principe général. Le contrat, le contexte de vente, les règles propres au secteur et les circonstances de l’annulation peuvent modifier l’analyse. Une somme ne devient pas un acompte simplement parce que vous utilisez ce mot à l’oral : le devis, les conditions applicables et la preuve du paiement doivent raconter la même histoire.

La présomption d’arrhes vient de l’article L214-1 du Code de la consommation. Elle ne joue pas pour les commandes spéciales sur devis ni pour les produits fabriqués sur commande spéciale de l’acheteur (article L214-3) : pour un travail sur mesure, ne comptez pas sur la loi pour qualifier la somme, écrivez-le. Entre professionnels, la loi ne prévoit pas de présomption : c’est le contrat qui dit ce que la somme représente.

Le vocabulaire a donc une fonction opérationnelle. Il aide les deux parties à savoir si le créneau, les matériaux ou la capacité sont fermement réservés, et ce qui se passera si le projet s’arrête.

2. Choisir en fonction du niveau d’engagement recherché

L’acompte convient lorsqu’une acceptation déclenche des coûts ou une organisation difficiles à annuler : commande de matériaux, réservation d’une équipe, préparation personnalisée ou blocage d’un créneau important. Il ne remplace pas un devis précis ; il confirme un accord déjà suffisamment défini.

Les arrhes offrent davantage de souplesse. Elles peuvent convenir lorsqu’une date doit être réservée mais que les parties acceptent explicitement la possibilité d’un désistement. Cette souplesse a un prix : le client perd la somme s’il renonce et le professionnel assume la conséquence prévue s’il se désiste. Les arrhes servent souvent à réserver un créneau ou une date ; pour les absences et annulations de dernière minute, voyez aussi le guide sur les rendez-vous non honorés : prévenir et réagir.

Si la prestation reste mal définie, ne compensez pas l’incertitude par un paiement anticipé. Commencez par qualifier la demande avant de préparer le devis, puis décrivez le périmètre, les exclusions, le calendrier et les conditions de modification.

3. Il n’existe pas de pourcentage universel

Le droit ne fixe pas un pourcentage unique adapté à toutes les prestations. Le montant doit être proportionné à la commande et compréhensible. Il peut couvrir une partie des achats engagés, du travail préparatoire ou du risque de capacité, sans devenir une pénalité cachée.

Pour le déterminer, additionnez les dépenses non récupérables déclenchées avant l’exécution, estimez le temps de préparation et vérifiez l’effort demandé au client. Un montant élevé sans explication peut ralentir la signature ; un montant trop faible peut ne rien sécuriser.

Présentez toujours le montant en euros et, si vous utilisez un pourcentage, indiquez la base de calcul. Précisez également le solde restant, son échéance et le moyen de paiement. Ces informations doivent rester cohérentes avec vos conditions de paiement et vos factures.

Autre règle utile face à un consommateur : toute somme versée d’avance, qu’on l’appelle acompte ou arrhes, produit des intérêts au taux légal à partir de trois mois après le versement et jusqu’à l’exécution de la prestation ; ils se déduisent du solde (article L214-2, hors commande spéciale sur devis). Encaisser très tôt pour un chantier lointain n’est donc pas neutre.

4. Écrire une mention impossible à confondre

Évitez « avance », « réservation » ou « premier versement » utilisés seuls. Nommez explicitement la somme, indiquez son montant, sa date d’exigibilité et son traitement. Une formulation simple peut être :

  • Acompte : « Un acompte de 600 € est exigible à l’acceptation du devis. Il constitue un premier paiement sur la commande ferme. Le solde de 1 400 € est payable à la réception des travaux. »
  • Arrhes : « Des arrhes de 150 € sont versées pour réserver la date. En cas de désistement du client, elles restent acquises ; en cas de désistement du professionnel, elles sont restituées au double, sous réserve des règles applicables. »

Si le devis est signé au domicile du client, adaptez l’échéance : l’acompte ou les arrhes ne peuvent être reçus qu’après un délai de 7 jours (voir la section 6). Ces exemples sont pédagogiques, pas des clauses prêtes à l’emploi pour tous les contrats. Faites adapter vos documents si votre activité est réglementée, si les montants sont importants ou si vous vendez à distance. La mention doit aussi apparaître sur le reçu ou la facture d’acompte avec une désignation cohérente.

Pour passer du choix juridique de la somme à sa pièce comptable, consultez le guide consacré à la facture d’acompte, ses mentions et son rapprochement avec la facture finale.

5. Réagir à une annulation sans improviser

Commencez par qualifier la situation : qui annule, à quelle date, pour quel motif, quel document a été accepté et quelle somme a été versée ? Conservez les messages et répondez par écrit. Ne retenez pas automatiquement un paiement sans vérifier la nature de la somme et les droits applicables.

Avec des arrhes, appliquez la règle annoncée et tracez le remboursement éventuel. Avec un acompte, mesurez d’abord ce qui peut encore être exécuté, les coûts réellement engagés et le préjudice démontrable. Une solution amiable — report, avoir accepté, réduction du périmètre — peut être préférable à un conflit, mais elle doit être formalisée.

Si vous modifiez la prestation plutôt que de l’annuler, utilisez un avenant ou un nouveau devis. Le guide sur le devis signé, ses modifications et son annulation détaille cette étape.

6. Une annulation n’est pas toujours une rétractation

Un consommateur peut disposer d’un droit de rétractation de quatorze jours pour certains contrats conclus à distance ou hors établissement. Ce droit dépend du mode de conclusion, de la qualité des parties, de l’information remise et d’éventuelles exceptions. Il ne faut donc pas répondre à une rétractation valable comme à un simple désistement contractuel.

Pour un devis signé chez le client, une règle s’ajoute : vous ne pouvez recevoir aucun paiement, ni acompte ni arrhes, avant l’expiration d’un délai de 7 jours à compter de la signature, sauf pour des travaux d’entretien ou de réparation urgents qu’il a expressément demandés (article L221-10 du Code de la consommation). Une clause « acompte non remboursable » ne peut pas non plus supprimer un droit légal applicable.

Avant de commencer une prestation pendant le délai de rétractation, vérifiez les conditions requises, notamment la demande expresse du consommateur et les conséquences d’une exécution complète. Le guide droit de rétractation : ce que l’artisan doit vérifier avant de commencer détaille le calcul des délais et le démarrage anticipé.

7. Installer un processus court et vérifiable

  1. Définir la commande : périmètre, prix, calendrier, exclusions et durée de validité.
  2. Choisir le mécanisme : acompte pour un engagement ferme, arrhes pour un dédit organisé.
  3. Écrire la règle : montant, échéance, solde et conséquences expliquées avant la signature.
  4. Recueillir l’acceptation : devis daté, preuve de signature et conditions remises.
  5. Tracer le paiement : pièce correspondante, libellé exact et rapprochement bancaire.
  6. Gérer les changements : avenant écrit avant tout travail supplémentaire.

Classez le devis accepté, les conditions applicables, la preuve de paiement et les échanges dans un même dossier. Cette discipline simplifie aussi une éventuelle relance de facture impayée.

8. Les erreurs à éviter

  • encaisser une « avance » sans dire s’il s’agit d’arrhes ou d’un acompte ;
  • employer un terme dans le devis et un autre dans la facture ;
  • annoncer oralement une règle absente des documents remis ;
  • commencer une prestation à distance sans traiter correctement le droit de rétractation ;
  • encaisser un acompte le jour d’un devis signé au domicile du client ;
  • retenir une somme sans analyser le contrat et la situation réelle ;
  • modifier le prix ou le périmètre sans accord écrit ;
  • confondre un avoir commercial, un remboursement et une restitution légalement due.

Sources officielles : DGCCRF — acompte, arrhes et avoir ; DGCCRF — le devis ; Service Public Entreprendre — devis obligatoire et engagement ; DGCCRF — délais de réflexion ou de rétractation ; Service Public — acompte, avance, arrhes et avoir ; Code de la consommation — articles L214-1 à L214-3 (arrhes et acomptes) ; Code de la consommation — article L221-10 (paiement hors établissement). Consultées le 29 septembre 2026. Ce guide présente des principes généraux et ne remplace pas un conseil juridique adapté au contrat.

Questions fréquentes

Une somme versée sans précision est-elle un acompte ?

Pas nécessairement. Pour une vente ou une prestation à un consommateur, une somme versée d’avance est présumée constituer des arrhes si le contrat ne dit pas le contraire, sauf commande spéciale sur devis. Écrivez donc toujours la qualification retenue.

Peut-on demander un acompte à la signature d’un devis chez le client ?

Non. Pour un devis signé au domicile d’un particulier, aucun paiement ne peut être reçu avant 7 jours, sauf réparation urgente qu’il a demandée. Rendez l’acompte exigible après ce délai, par exemple au démarrage des travaux s’il intervient plus tard.

Peut-on demander 50 % d’acompte ?

Il n’existe pas de taux universel. Le montant doit rester justifiable au regard de la commande, des coûts engagés et des règles propres au secteur. Vérifiez aussi qu’il n’est pas abusif dans son contexte.

Faut-il établir une facture pour l’acompte ?

Les obligations dépendent notamment du type de client, de la TVA et de l’opération. En pratique, le versement doit être documenté et rapproché de la commande. Votre expert-comptable peut confirmer la pièce requise pour votre cas.

Le client peut-il récupérer des arrhes ?

S’il se désiste, il les perd en principe. D’autres règles peuvent toutefois s’appliquer, notamment un droit de rétractation valable, une inexécution du professionnel ou une clause particulière.

Un acompte peut-il être remboursé à l’amiable ?

Oui, les parties peuvent convenir d’une solution différente : remboursement, report ou adaptation de la commande. Formalisez cet accord et ses effets sur le solde.

En résumé

Choisissez « acompte » lorsque la commande doit être ferme et « arrhes » lorsque vous organisez une faculté de dédit. Écrivez le terme, le montant, le solde et les conséquences sur les mêmes documents, et n’encaissez rien pendant 7 jours après un devis signé au domicile du client. En cas d’annulation, commencez par le contrat et les droits applicables avant de décider du sort de la somme.

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