Facture impayée : relancer, mettre en demeure, puis choisir un recours
Une facture impayée se règle rarement par une seule lettre. Vérifiez d’abord la créance et la cause du retard, relancez deux ou trois fois par écrit, puis adressez une mise en demeure avant tout recours. Les règles changent selon que le client est un professionnel ou un particulier : pénalités, indemnité de 40 €, frais de relance et délai pour agir ne sont pas les mêmes. Ce guide donne la marche à suivre, des modèles à adapter et les textes de référence.
1. Vérifier la créance avant le premier message
Une créance recouvrable doit être certaine, liquide et exigible : son existence doit pouvoir être démontrée, son montant déterminé et son échéance arrivée. Avant de relancer, rassemblez le devis ou contrat accepté, les avenants, la preuve d’exécution ou de livraison, la facture et les échanges utiles.
Contrôlez aussi les éléments les plus simples : bonne entité facturée, adresse d’envoi, numéro de commande demandé par le client, coordonnées bancaires, TVA, échéance et déduction d’un acompte. Une erreur administrative bloque souvent un paiement sans que le client conteste la prestation. Passez la facture au crible des mentions obligatoires d’une facture : une pièce incomplète peut être mise de côté par le service comptable du client.
Vérifiez enfin si un avoir, un paiement partiel ou une compensation a déjà été enregistré. Relancer un montant faux dégrade la confiance et fragilise le dossier.
2. Retard, litige ou difficulté : le diagnostic change la réponse
| Situation | Signal | Première action |
|---|---|---|
| Oubli ou circuit administratif | Le client reconnaît la facture mais ne l’a pas traitée | Renvoyer les pièces et obtenir une date de mise en paiement |
| Litige réel | Le client conteste le périmètre, la qualité ou le montant | Isoler les points contestés et proposer une résolution documentée |
| Difficulté de trésorerie | Le client demande un délai ou ne peut tenir l’échéance | Négocier un échéancier écrit et réaliste sans abandonner la créance |
Un client qui signale un défaut attend d’abord une réponse sur le fond. Multiplier les relances automatiques sans traiter sa réclamation transforme un désaccord résoluble en conflit. À l’inverse, une promesse vague de paiement ne doit pas suspendre indéfiniment votre suivi : demandez une date et un montant précis.
Si la contestation est fondée, même en partie, corrigez la facture au lieu de relancer un montant faux. Notre guide explique quand émettre un avoir ou une facture rectificative et comment relancer ensuite le seul solde non contesté.
3. Relancer par étapes : calendrier et modèles
Adaptez le rythme à votre activité, au montant et à la relation. Une séquence type peut comporter quatre moments :
- Avant l’échéance : rappeler la date et vérifier que la facture est exploitable lorsque le montant ou le processus le justifie.
- Juste après l’échéance : envoyer un message factuel avec le numéro, le montant, la date prévue et la facture jointe.
- Après quelques jours : appeler le bon interlocuteur, identifier le blocage et confirmer par écrit la date annoncée.
- En l’absence de solution : envoyer une dernière relance annonçant clairement la mise en demeure à venir.
Un bon message ne culpabilise pas. Il permet au destinataire d’agir immédiatement : objet identifiable, pièce jointe, montant exact, coordonnées de paiement et contact en cas de contestation. Notez chaque tentative et chaque réponse dans le dossier client.
Les deux messages suivants durcissent le ton sans menacer. Adaptez-les au client, au montant et à ce qu’il vous a déjà répondu.
Deuxième relance, une quinzaine de jours après l’échéance : « Malgré notre message du [date], la facture F-2026-184 de 780 €, échue le 28 juillet, n’est toujours pas réglée. Merci de nous indiquer sous huit jours la date de paiement prévue, ou le point qui bloque son traitement. Nous joignons de nouveau la facture. »
Dernière relance, vers trente jours de retard : « La facture F-2026-184 de 780 € reste impayée malgré nos relances du [date] et du [date]. Sans règlement ni proposition écrite d’ici le [date], nous vous adresserons une mise en demeure, puis nous engagerons les démarches de recouvrement. »
Entre professionnels, vous pouvez rappeler dès la deuxième relance que des pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire de 40 € sont dues. Face à un particulier, n’ajoutez aucun frais au montant réclamé : la section suivante explique pourquoi.
4. Pénalités, indemnité de 40 € et frais : professionnel ou particulier
Client professionnel : pénalités et 40 € par facture
Entre professionnels, le délai de paiement est en principe de 30 jours après la livraison ou la prestation ; un contrat peut le porter à 60 jours après la date de la facture, ou à 45 jours fin de mois. Passé l’échéance, des pénalités de retard courent dès le lendemain, sans rappel ni mise en demeure préalable. Leur taux est celui de vos conditions de vente, sans pouvoir être inférieur à trois fois le taux d’intérêt légal. À défaut, c’est le taux de refinancement de la BCE majoré de 10 points, soit 12,40 % pour le second semestre 2026 selon la fiche officielle.
S’y ajoute une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement, due une fois pour chaque facture payée en retard, même en cas de paiement partiel. Si vos frais réels dépassent ce montant, un complément peut être demandé sur justificatifs. Exemple : une facture de 2 400 € réglée 30 jours après son échéance, au taux de 12,40 %, génère environ 24,46 € de pénalités (2 400 × 12,40 % × 30 / 365), auxquels s’ajoutent les 40 € d’indemnité.
Ces règles supposent que vos conditions de paiement indiquent l’échéance, le taux des pénalités et l’indemnité, et que ces mentions figurent aussi sur la facture. Réglez ce point avant le premier retard plutôt que pendant le recouvrement.
Client particulier : pas d’indemnité, et vos frais restent à votre charge
Ne transposez pas l’indemnité de 40 € à un consommateur : elle relève du Code de commerce et des relations entre professionnels. Les frais d’une relance ou d’un recouvrement amiable engagés sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, et toute clause contraire est réputée non écrite (article L111-8 du Code des procédures civiles d’exécution). Seul le juge de l’exécution peut en laisser une partie à un débiteur de mauvaise foi. La somme due produit en revanche des intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure (article 1231-6 du Code civil).
Ne laissez pas non plus dormir le dossier. L’action d’un professionnel contre un consommateur, pour les biens ou services qu’il lui a fournis, se prescrit par deux ans (article L218-2 du Code de la consommation). Entre professionnels, le délai est en principe de cinq ans (article L110-4 du Code de commerce lorsqu’un commerçant est en cause). Passé ce délai, la créance ne peut plus être réclamée en justice.
5. La mise en demeure : contenu et modèle
La mise en demeure marque une étape formelle. Elle identifie les parties, la facture, l’origine de la dette, le montant principal, les accessoires justifiés, l’échéance dépassée et le délai laissé pour régler. Elle indique clairement qu’il s’agit d’une mise en demeure et annonce les suites possibles en l’absence de paiement.
Choisissez un mode d’envoi permettant de prouver la date et le contenu. Joignez ou référencez les pièces sans transformer le courrier en dossier illisible. Le délai accordé doit rester raisonnable au regard de la situation.
Ne menacez pas de mesures impossibles ou disproportionnées. Les communications de recouvrement amiable ne doivent pas créer de confusion avec un acte officiel ni présenter comme acquis des frais qui ne seraient pas légalement dus.
Modèle de mise en demeure à adapter
[Lieu], le [date]. Lettre recommandée avec accusé de réception. Objet : mise en demeure de payer la facture n° F-2026-184. Madame, Monsieur, malgré nos relances du [date] et du [date], la facture n° F-2026-184 du [date], d’un montant de 780 €, relative à [prestation], échue le [date], reste impayée. Nous vous mettons en demeure de régler cette somme dans un délai de huit jours à compter de la réception de ce courrier. À défaut, nous engagerons une procédure de recouvrement sans autre avis. [Client professionnel : cette somme est majorée des pénalités de retard prévues à nos conditions de vente et de l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement.] [Nom, fonction, entreprise, signature]
Face à un particulier, supprimez la phrase sur les pénalités et l’indemnité. Gardez une copie du courrier, la preuve d’envoi et l’accusé de réception : ils fixent le point de départ des intérêts et serviront si vous saisissez le juge.
6. Choisir un recours proportionné à la créance
| Option | Quand l’envisager | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Négociation ou médiation | La relation peut être sauvée et le désaccord discuté | Formaliser l’accord final et les échéances |
| Recouvrement amiable confié | Le suivi interne n’aboutit plus | Vérifier le mandat, les pratiques et le coût |
| Procédure simplifiée des petites créances | Créance d’origine contractuelle de 5 000 € au plus, intérêts compris, et débiteur coopératif | Conduite par un commissaire de justice ; le débiteur a un mois pour accepter, et son silence vaut refus |
| Procédure de recouvrement des créances commerciales incontestées | Créance facturée entre commerçants, certaine, liquide et exigible | Créée par la loi du 23 avril 2026 ; son application dépend d’un décret en Conseil d’État |
| Injonction de payer | Créance certaine, liquide, exigible et documentée, sans plafond de montant | Requête au tribunal compétent ; pour une ordonnance rendue depuis le 1er septembre 2026, signification dans les 3 mois |
| Action au fond | Litige complexe ou contestation substantielle | Évaluer coût, délai, preuve et solvabilité avec un conseil |
Avant une procédure, évaluez le montant récupérable, la solvabilité du débiteur, les frais et le temps mobilisé. Une décision économiquement rationnelle n’est pas toujours la procédure la plus lourde. En revanche, abandonner sans enregistrer la cause empêche d’améliorer vos pratiques.
La procédure pour créances commerciales incontestées permet à un commissaire de justice de signifier un commandement de payer : le débiteur a un mois pour payer ou contester, et toute contestation arrête la procédure. Elle vise les factures entre commerçants ; un artisan ou un professionnel libéral doit vérifier qu’il entre dans son champ. Son décret d’application est prévu par l’article L126-6 du Code des procédures civiles d’exécution : vérifiez sa parution sur Légifrance avant d’y recourir.
Avant d’engager des frais d’avocat ou de commissaire de justice, regardez si votre protection juridique professionnelle couvre le recouvrement d’impayés : certains contrats le prévoient, avec un seuil et des exclusions, à condition de déclarer le litige à temps.
7. Préparer un dossier compréhensible par une personne extérieure
Classez les pièces par ordre chronologique : demande, offre, acceptation, conditions, exécution, réception, facture, relances et réponses. Ajoutez un tableau d’une page avec les dates, montants et événements. Une personne qui découvre le dossier doit pouvoir comprendre en quelques minutes ce qui a été commandé, livré, facturé et contesté.
Conservez les originaux numériques, pas seulement des captures partielles. Si un échange oral règle un point, confirmez-le par e-mail. Si un paiement partiel arrive, affectez-le correctement et actualisez le solde dans chaque relance suivante.
8. Réduire les impayés avant la facture
- vérifier l’identité et l’adresse de facturation avant d’accepter une commande importante ;
- décrire clairement le périmètre dans le devis et faire accepter les modifications ;
- demander un acompte proportionné lorsque des coûts sont engagés tôt ;
- aligner devis, conditions générales, facture et échanges sur la même échéance ;
- facturer dès que le jalon prévu est atteint, sans attendre la fin du mois par habitude ;
- suivre les échéances dans un plan de trésorerie à court terme ;
- analyser les motifs de retard : litige, facture incomplète, mauvais contact ou délai trop généreux.
Mesurez le montant échu, l’âge des créances et le délai réel d’encaissement. Le nombre de relances ne constitue pas un objectif ; la résolution rapide des blocages et la réduction des récidives en sont un.
Pour les prochains contrats B2B importants, réduisez le risque en amont avec une vérification proportionnée de la solvabilité du client, sans prendre un registre public pour une garantie de paiement.
Sources officielles : Service Public Entreprendre — délais de paiement, pénalités et indemnité de 40 € entre professionnels (fiche vérifiée le 7 août 2026) ; Service Public — injonction de payer et procédure simplifiée des petites créances (fiche vérifiée le 1er septembre 2026) ; Légifrance — article L441-10 du Code de commerce ; Légifrance — article L111-8 du Code des procédures civiles d’exécution ; Légifrance — article 1231-6 du Code civil ; Légifrance — article L218-2 du Code de la consommation ; Légifrance — article L110-4 du Code de commerce ; Légifrance — loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 sur les créances commerciales incontestées ; DGCCRF — recouvrement amiable de créances. Consultées le 29 septembre 2026. Les règles, délais de prescription et juridictions varient selon la créance : obtenez un avis professionnel avant une action contentieuse.
Questions fréquentes
Combien de relances envoyer avant une mise en demeure ?
Aucun texte n’impose de nombre minimal. En pratique, deux ou trois relances écrites suffisent : une juste après l’échéance, une deuxième une quinzaine de jours plus tard, une dernière qui annonce la mise en demeure. Entre professionnels, les pénalités courent même sans relance.
Peut-on facturer des frais de relance au client ?
À un professionnel, oui : l’indemnité forfaitaire de 40 € par facture payée en retard, plus un complément sur justificatifs si vos frais réels la dépassent. À un particulier, non : les frais de relance et de recouvrement amiable restent à votre charge, sauf décision du juge face à un débiteur de mauvaise foi.
Combien de temps a-t-on pour agir ?
Deux ans contre un particulier pour les biens et services fournis, et en principe cinq ans entre professionnels. Au-delà, la créance est prescrite : l’injonction de payer et la procédure des petites créances ne sont plus possibles.
Une mise en demeure doit-elle être envoyée par recommandé ?
Le moyen choisi doit permettre de prouver la date et le contenu. Le recommandé est fréquent, mais les exigences peuvent dépendre du contrat et de la procédure envisagée. Conservez une preuve exploitable.
Peut-on proposer un échéancier ?
Oui. Fixez les montants et dates, le traitement des pénalités, les conséquences d’un défaut et la reconnaissance du solde. N’acceptez pas un calendrier que le client ne pourra manifestement pas tenir.
Quand passer l’impayé en perte ?
La décision comptable et fiscale dépend des démarches entreprises et du caractère irrécouvrable. Faites-la valider par votre expert-comptable avec les justificatifs du dossier.
En résumé
La qualité du recouvrement dépend d’abord de la qualité du dossier. Vérifiez la dette, adaptez le message à la cause du retard et gardez une trace de chaque relance. Entre professionnels, pénalités et indemnité de 40 € sont dues dès l’échéance dépassée ; face à un particulier, vos frais restent à votre charge et vous avez deux ans pour agir. Après une mise en demeure sans effet, choisissez le recours proportionné au montant et à l’attitude du débiteur.
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