Droit du travail

Convention collective : trouver le bon IDCC pour son entreprise

· Par l’équipe Rappli · 13 min de lecture

La convention collective ne se choisit pas dans une liste selon celle qui paraît la plus avantageuse. Elle découle d’abord de l’activité principale réellement exercée, puis du champ professionnel et territorial du texte. Le code APE, le numéro IDCC affiché par un outil ou la convention d’une entreprise voisine sont de bons points de départ, mais pas toujours une conclusion. Cette méthode vous aide à identifier le bon texte avant une embauche, une paie ou une décision concernant un salarié.

La réponse courte : décrivez précisément l’activité principale de l’employeur, recherchez l’entreprise par son SIRET sur le Code du travail numérique, puis contrôlez le champ d’application de la convention sur Légifrance. Si vous avez déjà des salariés, l’intitulé de la convention figure aussi sur leurs bulletins de paie. Le code APE est un indice, pas une preuve absolue. Notez l’intitulé et l’IDCC retenus, les raisons du rattachement et la version consultée, puis faites valider les cas de multi-activité ou de doute réel.

1. Comprenez ce que la convention collective change

Le Code du travail fixe le cadre général. Une convention collective l’adapte à une branche et peut préciser les classifications, les salaires minimaux, les primes, les périodes d’essai, le temps de travail, les congés, les préavis ou certaines garanties. Un accord d’entreprise peut encore intervenir sur des sujets déterminés. Identifier le texte applicable n’est donc pas une formalité de paie : le résultat peut modifier le coût d’une embauche et les règles suivies pendant toute la relation de travail, du choix du contrat (voir CDD ou CDI en TPE : choisir le bon contrat) au calcul des congés payés en TPE.

Le besoin apparaît souvent au moment d’embaucher un premier salarié, mais il vaut mieux l’anticiper. Une offre, une classification ou un salaire préparés avec le mauvais texte peuvent devoir être repris. Ne partez pas seulement de l’intitulé du poste : un comptable employé par une entreprise de bâtiment relève en principe de la convention de l’employeur, et non automatiquement d’une convention correspondant à son métier individuel.

2. Décrivez l’activité principale réellement exercée

Le Code du travail retient l’activité principale exercée par l’employeur. Écrivez-la en une phrase concrète : ce que l’entreprise vend, à quels clients, avec quelle opération dominante et, si plusieurs activités coexistent, quelle part chacune représente. « Services », « commerce » ou « conseil » sont trop larges. « Installation et entretien d’équipements de chauffage chez des particuliers » permet déjà de comparer des champs conventionnels.

Rassemblez des éléments cohérents : statuts, extrait du registre, site internet, devis, factures, répartition du chiffre d’affaires, temps de travail des équipes et moyens affectés. Ces pièces servent à comprendre la réalité, pas à produire artificiellement un résultat. Si l’activité a évolué depuis la création, le libellé historique peut être dépassé. Vérifiez alors aussi vos informations administratives avec le guide sur les différences entre SIREN, SIRET, RNE et code APE.

3. Trouvez l’IDCC par le SIRET, le bulletin de paie ou le code APE

Par le SIRET, sur le Code du travail numérique

Le Code du travail numérique permet de rechercher une entreprise par son nom ou son SIRET, ou une convention par son numéro IDCC. Commencez par le SIRET de l’établissement employeur : l’outil restitue une piste et les accords associés lorsque les données le permettent. Comparez ensuite l’intitulé proposé à votre description factuelle. Si le résultat est absent, multiple ou surprenant, ne le forcez pas ; recherchez par mots décrivant l’activité et passez à la lecture du champ.

Sachez d’où vient ce résultat. Le ministère du Travail indique que la liste des conventions par SIRET, utilisée par le Code du travail numérique, provient des déclarations sociales nominatives (DSN) des employeurs et n’est mise à jour qu’avec plusieurs mois de retard. L’outil montre donc ce que l’entreprise a déclaré, pas une vérification juridique : une erreur ancienne de paramétrage s’y retrouve telle quelle.

Sur un bulletin de paie ou dans le logiciel de paie

Si l’entreprise emploie déjà des salariés, partez de l’existant : l’intitulé de la convention collective doit figurer sur chaque bulletin de paie, et le logiciel de paie conserve l’IDCC qu’il déclare en DSN. Vérifiez que ces sources concordent avec le Code du travail numérique et avec votre activité réelle. Un écart signale souvent un paramétrage ancien à corriger avec votre gestionnaire de paie.

Avec le code APE (NAF) : un indice, pas une preuve

Le code APE attribué par l’Insee identifie l’activité principale dans une nomenclature statistique. Service Public précise qu’il constitue un indice sur la convention applicable. Un code proche peut regrouper des entreprises relevant de textes différents, et une activité réelle peut avoir changé sans que le code soit encore rectifié. Le raisonnement fiable est donc : activité constatée, piste APE, convention candidate, puis vérification juridique. Évitez le raccourci « un code APE égale toujours un IDCC ».

Ce raccourci deviendra encore moins fiable : à partir du 1er janvier 2027, les codes APE seront attribués selon une nouvelle nomenclature, la NAF 2025 (décret n° 2025-736 du 31 juillet 2025), et tous les établissements actifs recevront un code modifié. Pendant 2026, l’Insee affiche le futur code sur sirene.gouv.fr et permet d’en demander la rectification. Le nouveau code ne change pas à lui seul la convention applicable : le critère reste l’activité principale réellement exercée.

4. Lisez le champ professionnel et territorial du texte

Ouvrez la convention candidate sur Légifrance et cherchez les articles consacrés au champ d’application. Relevez les activités incluses, les exclusions, les zones géographiques, les catégories d’employeurs et les éventuelles définitions particulières. Vérifiez également si le texte a été étendu : une convention étendue devient obligatoire pour les employeurs et salariés compris dans son secteur, même si l’employeur n’appartient pas à une organisation signataire.

Ne vous arrêtez pas au titre courant de la convention. Deux textes peuvent employer des termes proches tout en couvrant des opérations différentes. À l’inverse, un intitulé ancien peut englober une activité moderne grâce à ses définitions et avenants. Consultez la version en vigueur et les textes rattachés, puis notez la date de votre contrôle. En cas d’ambiguïté, un conseil en droit social ou l’administration compétente peut sécuriser l’analyse avant de paramétrer la paie.

5. Traitez prudemment les entreprises qui ont plusieurs activités

Une TPE peut vendre, installer et entretenir le même produit, ou exercer deux métiers sans lien. Il faut déterminer l’activité principale de l’employeur à partir de la situation réelle. Le seul fait qu’une prestation soit plus rentable ou plus visible sur le site ne suffit pas forcément. Étudiez notamment la répartition du chiffre d’affaires, des effectifs, du temps et des moyens. Les conventions elles-mêmes peuvent prévoir des règles de rattachement lorsque la pluralité d’activités rend le critère incertain.

Un établissement exerçant une activité nettement distincte peut soulever une analyse particulière. Ne créez toutefois pas une convention différente pour chaque salarié ou chaque mission ponctuelle. Faites une fiche d’une page avec activités, chiffres, établissements, conventions candidates et passages de champ comparés. Cette trace permet à votre gestionnaire de paie ou conseil de répondre sur des faits stables, plutôt que sur un simple code trouvé en ligne.

6. Contrôlez l’intitulé, l’IDCC et la version en vigueur

L’IDCC est le numéro attribué par le ministère du Travail pour identifier une convention collective. Il évite les confusions entre un titre usuel, un numéro de brochure et un texte portant un nom voisin. Une fois le rattachement vérifié, conservez ensemble l’intitulé complet, l’IDCC, le lien Légifrance et la date de consultation. Comparez ces informations à celles du contrat, du logiciel de paie et des bulletins existants.

ÉlémentCe qu’il indiqueContrôle à faire
Activité réellePoint de rattachement principalLa décrire avec des preuves actuelles
Code APEIndice statistiqueLe comparer sans le traiter comme verdict
Champ du texteEmployeurs et activités couvertsLire inclusions, exclusions et territoire
IDCCIdentifiant unique de la conventionVérifier l’intitulé et la version

Le texte évolue par avenants et accords. Ne recopiez pas un minimum salarial ou une durée depuis un article ancien sans contrôler sa date, son extension et la catégorie concernée. Pour budgéter un poste, rapprochez la classification conventionnelle du salaire envisagé, puis intégrez les cotisations et avantages avec la méthode de calcul du coût total employeur.

Quelques IDCC fréquents chez les artisans et commerçants

À titre de repère, voici des conventions nationales courantes dans les petites entreprises, avec l’IDCC affiché par le Code du travail numérique au 29 septembre 2026. Le numéro ne dispense pas de lire le champ du texte : dans le bâtiment, par exemple, la convention des ouvriers dépend de l’effectif, et les employés, techniciens et agents de maîtrise relèvent d’un autre texte.

Activité typiqueConvention collectiveIDCC
Bâtiment, ouvriers, entreprise jusqu’à 10 salariésBâtiment ouvriers (entreprises occupant jusqu’à 10 salariés)1596
Bâtiment, ouvriers, entreprise de plus de 10 salariésBâtiment ouvriers (entreprises occupant plus de 10 salariés)1597
Bâtiment, employés, techniciens et agents de maîtriseBâtiment ETAM2609
Salon de coiffureCoiffure et professions connexes2596
Boulangerie-pâtisserie artisanaleBoulangerie-pâtisserie (entreprises artisanales)843
Garage et réparation automobileServices de l’automobile1090
Hôtel, café, restaurantHôtels, cafés, restaurants (HCR)1979
Certains commerces de détail non alimentairesCommerces de détail non alimentaires1517
Bureau d’études, ingénierie, conseilBureaux d’études techniques, cabinets d’ingénieurs-conseils et sociétés de conseils1486

7. Appliquez le résultat dans les documents et la paie

Lorsque la convention est applicable, l’employeur informe les salariés des textes conventionnels, en tient un exemplaire à jour à leur disposition et fait figurer son intitulé sur le bulletin de paie. Service Public précise que le document écrit informant le salarié des textes conventionnels applicables est remis au plus tard un mois après l’embauche. Un accord de branche peut organiser cette information différemment : vérifiez le vôtre. La qualification retenue se reporte aussi au registre unique du personnel.

Paramétrez ensuite la convention dans la paie : IDCC, classification, coefficient, minimum, période d’essai, préavis, primes et maintien de salaire pertinent. Contrôlez au moins une fois par an les évolutions qui concernent l’entreprise, ainsi qu’après un changement important d’activité. Intégrez ce contrôle à votre parcours d’accueil d’un nouveau salarié afin que contrat, notice et bulletin racontent la même chose. Le même texte fixera plus tard le préavis et les indemnités de départ : voir documents de fin de contrat : checklist employeur.

8. Exemple : une entreprise de vente et d’installation

Une société vend des équipements dans un petit showroom, les installe chez ses clients et assure leur entretien. Son code APE pointe vers une activité commerciale. Avant la première embauche, le dirigeant décrit pourtant la réalité : majorité du chiffre d’affaires issue des chantiers, techniciens mobilisés sur l’installation, stock principalement destiné aux poses. Il recherche le SIRET, relève les conventions proposées et compare leurs champs à cette répartition.

Une convention candidate couvre expressément l’activité d’installation concernée ; l’autre vise le commerce de détail sans pose principale. Le dirigeant conserve les chiffres, les passages lus et l’IDCC, puis fait confirmer le rattachement par son spécialiste paie. Si la répartition change fortement avec l’ouverture de plusieurs boutiques, il réexaminera le dossier. L’exemple ne donne pas une réponse universelle : il montre pourquoi la réalité et le champ priment sur l’étiquette administrative isolée.

  1. Décrire les activités et leur poids avec des données récentes.
  2. Rechercher l’entreprise par SIRET et relever les textes candidats.
  3. Comparer chaque champ professionnel et territorial.
  4. Identifier la convention retenue par son IDCC exact.
  5. Faire valider le doute, paramétrer la paie et conserver la justification.

Après avoir identifié le texte applicable, utilisez-le dans la revue du bulletin de paie et de ses mentions avec le contrat, le temps, les variables, la DSN et le virement.

Sources officielles et primaires : Code du travail numérique — rechercher une convention collective ; Légifrance — article L2261-2 du Code du travail ; Service Public Entreprendre — convention collective : détermination, information des salariés, bulletin de paie (vérifiée le 30 avril 2025) ; data.gouv.fr — liste des conventions collectives par entreprise (SIRET), ministère du Travail ; Insee — vers une nouvelle nomenclature, la NAF 2025. Consultées le 29 septembre 2026. Un rattachement incertain ou une activité multiple mérite une validation adaptée à la situation réelle de l’entreprise.

Questions fréquentes

Où trouver le code IDCC de mon entreprise ?

Sur le Code du travail numérique, en cherchant l’entreprise par son nom ou son SIRET : l’outil affiche la convention déclarée par l’employeur. Si vous avez déjà des salariés, l’intitulé figure aussi sur leurs bulletins de paie. Vérifiez ensuite que ce texte correspond bien à votre activité principale.

Le code APE suffit-il pour connaître la convention collective ?

Non. Il fournit un indice utile sur l’activité principale, mais le critère légal reste l’activité réellement exercée et le champ de la convention. Lisez toujours le texte candidat, surtout si l’entreprise a plusieurs activités ou si son activité a évolué.

Une entreprise peut-elle n’avoir aucune convention collective ?

Oui, certaines situations ne sont couvertes par aucun texte obligatoire. Il ne faut pas sélectionner une convention seulement pour remplir un champ. Le Code du travail reste applicable et une application volontaire peut produire des effets : faites-la analyser avant de vous engager.

Quelle différence entre IDCC et numéro de brochure ?

L’IDCC est l’identifiant attribué par le ministère du Travail à une convention. Le numéro de brochure correspond à une publication documentaire et peut regrouper des éléments différents. Pour identifier sans ambiguïté le texte appliqué en paie, utilisez l’IDCC et l’intitulé complet.

Que faire si le logiciel de paie propose plusieurs conventions ?

Ne choisissez pas selon le seul libellé affiché. Comparez les champs sur Légifrance, documentez l’activité principale et sollicitez votre gestionnaire de paie ou un conseil si deux textes restent plausibles. Le paramétrage doit suivre l’analyse, pas la remplacer.

En résumé

Pour trouver la convention collective d’une entreprise, partez de son activité principale réelle, utilisez le SIRET et le code APE comme indices, puis vérifiez le champ du texte sur Légifrance. Conservez l’intitulé, l’IDCC, la date et votre justification. Appliquez ensuite le résultat aux contrats, à la paie, à l’information des salariés et aux mises à jour.

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