Équipe et recrutement

Embaucher son premier salarié : la checklist pratique pour une TPE

· Par l’équipe Rappli · 14 min de lecture

Le premier recrutement transforme le quotidien du dirigeant : il faut déléguer un travail jusque-là gardé en tête, assumer un coût régulier, respecter le droit du travail et créer les conditions d’une collaboration claire. La réussite dépend moins d’une annonce brillante que d’un besoin précisément défini, d’un budget prudent et d’un accueil préparé.

La checklist courte : décrivez les résultats attendus et le volume de travail, calculez le coût employeur avec un professionnel, choisissez le contrat adapté, vérifiez la convention collective, préparez paie et sécurité, faites la DPAE entre huit jours avant l’embauche et la prise de poste, inscrivez le salarié au registre du personnel, remettez-lui par écrit les informations principales du contrat dans les 7 jours puis dans le mois, et organisez un premier mois avec objectifs, matériel, règles et points réguliers.

1. Vérifier qu’il s’agit bien d’un poste, pas d’un pic temporaire

Pendant quatre semaines, notez les tâches qui s’accumulent, leur fréquence, leur durée et leur valeur. Séparez ce qui exige votre expertise, ce qui peut être standardisé, ce qui doit être supprimé et ce qui peut être automatisé ou sous-traité. Un salarié ne résout pas un processus confus : il le reproduit à plus grande échelle.

Décrivez le poste par résultats : « préparer les interventions du lendemain », « répondre aux demandes dans la demi-journée », « réaliser trois chantiers conformes par semaine » ou « tenir le stock à jour ». Évitez une liste infinie finissant par « et toute autre mission ». Précisez horaires, déplacements, contraintes physiques, autonomie et relation client.

Testez le volume sur plusieurs mois et intégrez la saisonnalité de l’activité. Si le besoin ne dure que six semaines, un recrutement permanent n’est peut-être pas la réponse. S’il ne justifie pas encore une embauche, la méthode déléguer quand on est indépendant compare transmission, sous-traitance, externalisation et outil.

Un travail confié à une personne qui organise librement sa mission peut aussi relever d’un prestataire. Avant de trancher, lisez salarié ou freelance : comment choisir pour sa TPE : ce guide explique le lien de subordination et le risque de voir un faux indépendant requalifié en salarié.

2. Calculer plus que le salaire brut

Le budget inclut le salaire brut, les cotisations patronales, la complémentaire santé, les éventuelles primes, les congés, le matériel, les vêtements, le véhicule, la formation, la paie, la médecine du travail et le temps d’encadrement. Les aides et allégements dépendent de la situation et évoluent. Pour un premier chiffrage, le simulateur de salaire de l’Urssaf calcule le coût total employeur à partir d’un salaire brut ; faites ensuite vérifier le résultat par votre cabinet de paie ou votre expert-comptable.

Le guide coût d’un salarié pour l’employeur : calcul et exemples reprend chaque poste de dépense et montre comment passer du salaire mensuel au budget annuel du poste.

Construisez trois scénarios : activité basse, centrale et haute. Le poste doit rester finançable dans le scénario bas pendant une durée réaliste. Prévoyez aussi un décalage entre la production du salarié et l’encaissement du client. Le plan de trésorerie à treize semaines rend cette contrainte visible.

Ne justifiez pas l’embauche uniquement par du chiffre d’affaires potentiel. Mesurez la marge supplémentaire, la capacité réellement vendable, la réduction des délais et le temps dirigeant libéré. Si le recrutement permet seulement de réparer une mauvaise tarification, corrigez d’abord les prix.

3. Choisir le contrat et vérifier les règles applicables

CDI, CDD, temps partiel, apprentissage ou autre forme répondent à des règles différentes. Le CDD ne peut pas être utilisé librement pour tester quelqu’un : il doit correspondre à un motif autorisé et respecter un formalisme. Pour qualifier la durée réelle du besoin, suivez l’arbre de décision CDD ou CDI en TPE : un contrat court ne peut pas couvrir librement un emploi permanent.

Identifiez la convention collective applicable, la classification, le salaire minimum conventionnel, la durée du travail, les majorations, les indemnités, la période d’essai et les avantages. Le code APE peut orienter, mais ne décide pas à lui seul du texte applicable : la méthode est détaillée dans code IDCC : trouver la convention collective de l’entreprise.

En règle générale, un CDI à temps plein peut être conclu sans écrit, sauf si la convention collective en exige un ; l’employeur remet alors au salarié une copie de la DPAE. Le CDD et le contrat à temps partiel doivent, eux, être écrits. Un contrat signé reste préférable, notamment pour prévoir une période d’essai. N’y ajoutez pas une clause copiée sans comprendre sa portée, notamment pour la mobilité, la non-concurrence, un forfait ou la confidentialité.

Écrit ou non, le contrat s’accompagne d’une information obligatoire. Depuis le 1er novembre 2023 (décret n° 2023-1004), l’employeur remet au salarié, par écrit, les informations principales de la relation de travail. Dans les 7 jours calendaires suivant l’embauche : identité des parties, lieu de travail, poste, date d’embauche (et, pour un CDD, date de fin ou durée prévue), durée et conditions de la période d’essai éventuelle, rémunération, durée du travail et conditions des heures supplémentaires. Dans le mois : droit à la formation, congés payés, procédure de rupture, conventions collectives applicables et régimes de protection sociale.

4. Recruter sur des situations réelles

Rédigez une annonce avec la mission, le lieu, les horaires, les contraintes, les compétences indispensables, la rémunération et les étapes du recrutement. Évitez les critères discriminatoires et les qualités vagues comme « rockstar » ou « jeune et dynamique ».

À surveiller : un projet de loi présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026 prévoit d’obliger les employeurs à indiquer aux candidats la rémunération proposée ou une fourchette, et de leur interdire de demander le salaire actuel ou passé. Il transpose une directive européenne sur la transparence des rémunérations. Au 29 septembre 2026, le Parlement ne l’a pas encore adopté : vérifiez la règle en vigueur au moment de publier votre annonce.

Utilisez une grille identique pour tous les candidats. Posez des questions sur des situations : préparer une tournée, gérer un client mécontent, contrôler une finition, prioriser deux urgences. Une courte mise en situation peut être utile si elle est proportionnée, annoncée et ne produit pas gratuitement un travail exploitable.

Vérifiez les références avec l’accord du candidat et uniquement sur des éléments professionnels. Notez les faits, pas les impressions. Informez rapidement les personnes non retenues et protégez les données de candidature selon vos règles.

5. Les formalités, de J-8 au troisième mois

La déclaration préalable à l’embauche, ou DPAE, est obligatoire pour chaque salarié. Elle se fait auprès de l’Urssaf avant la prise de poste, au plus tôt huit jours avant l’embauche. Pour un premier salarié, elle contribue à ouvrir le compte employeur et regroupe plusieurs formalités, mais elle ne remplace pas toutes les obligations. Le calendrier ci-dessous rassemble les principales pour un salarié du secteur privé.

QuandFormalitéTrace à garder
Entre J-8 et la prise de posteDPAE auprès de l’UrssafAccusé de réception
Après la DPAE, avant l’arrivéeAdhésion à un service de prévention et de santé au travail interentreprises : la DPAE vaut demande d’adhésion (article R1221-2 du Code du travail), mais vérifiez auprès du service que l’adhésion est effective ; la cotisation, calculée selon le nombre de salariés suivis, est à la charge de l’employeurConfirmation d’adhésion et appel de cotisation
Avant l’arrivéeComplémentaire santé collective proposée au salarié et financée au moins pour moitié par l’employeur ; affiliation à la retraite complémentaire ; paramétrage de la paieContrat collectif et attestations d’affiliation
Le jour de l’embaucheInscription au registre unique du personnel, dans l’ordre des embauchesRegistre à jour
Dans les 7 jours calendairesPremières informations écrites : parties, lieu, poste, date d’embauche, date de fin ou durée prévue d’un CDD, période d’essai, rémunération, durée du travail, heures supplémentairesDocument daté remis au salarié
Dans le moisInformations écrites complémentaires : formation, congés payés, rupture, conventions collectives, protection socialeDocument daté remis au salarié
Chaque moisBulletin de paie et déclaration sociale nominative (DSN)Bulletins et accusés de dépôt
Dans les 3 mois après la prise de posteVisite d’information et de prévention, réalisée par le service de prévention et de santé au travail ; dans certains cas (travail de nuit, salarié de moins de 18 ans…), elle a lieu avant l’affectation au posteDate de la visite

Dès le premier salarié, certaines informations doivent aussi être affichées dans un lieu facilement accessible, comme la salle de pause : coordonnées de l’inspection du travail et du médecin du travail, numéros d’urgence, horaires collectifs, interdiction de fumer et de vapoter, modalités d’accès au document unique. D’autres, comme la convention collective applicable ou les textes sur le harcèlement, peuvent être communiquées par tout moyen, un intranet par exemple. Service Public tient la liste complète, avec les obligations qui s’ajoutent à partir de 11 et de 50 salariés.

Le guide tenir le registre unique du personnel en TPE détaille ensuite les personnes à inscrire, l’ordre, les corrections, les cas particuliers et la conservation. Pour relire la première paie, appuyez-vous sur bulletin de paie en TPE : mentions et contrôles.

Le service « Première embauche » de l’Urssaf propose un accompagnement dédié. Un cabinet de paie ou un expert-comptable peut fiabiliser l’installation, mais le dirigeant reste responsable de fournir les bonnes informations à temps. Recueillez les informations personnelles du salarié par un canal sécurisé.

6. Santé, sécurité et document unique

L’employeur doit protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Évaluez les risques avant l’arrivée : conduite, machines, hauteur, produits, manutention, travail isolé, agressions, chaleur, bruit ou écran. Le document unique d’évaluation des risques professionnels formalise cette démarche.

La prévention ne se limite pas à faire signer une feuille. Formez aux gestes, équipements, consignes et procédures d’urgence ; vérifiez la compréhension ; entretenez le matériel ; conservez les preuves utiles. Certaines tâches nécessitent habilitations, autorisations ou formations spécifiques.

Expliquez aussi les limites : droit d’alerte, interlocuteur en cas de problème, accidents, absence et protection des données clients. Une petite équipe a besoin de règles courtes, accessibles et réellement appliquées.

Pour transformer l’obligation de prévention en décisions concrètes, construisez avant l’arrivée un DUERP adapté aux situations de travail réelles de la TPE.

7. Les trente premiers jours

Préparez le matériel, la tenue, les clés, les autorisations et des accès personnels, sans partager vos mots de passe. Le premier jour, présentez l’entreprise, les clients, les priorités, les outils, les règles de sécurité et la personne à contacter. Découpez ensuite la montée en autonomie : observer, faire accompagné, faire contrôlé, puis faire seul, avec un point à la fin du premier jour, de la première semaine, puis chaque semaine.

Si le salarié décroche le téléphone ou rappelle des clients, fixez dès le départ qui répond, qui rappelle et dans quel délai : la méthode est détaillée dans politique de rappel client : qui rappelle, quand et avec quel contexte. La checklist d’intégration d’un nouveau salarié déroule le reste du premier mois : accès, sécurité, référent, formation et points de suivi.

Demandez au salarié ce qui manque ou se contredit. Les questions du premier recrutement révèlent souvent les procédures restées dans la tête du dirigeant. Mettez à jour les modes opératoires au lieu de répondre dix fois oralement.

8. Les indicateurs d’un recrutement utile

Suivez quelques résultats liés au poste : délai, qualité, reprises, satisfaction, production, marge ou temps libéré. N’utilisez pas un compteur d’activité facile à manipuler. Une personne qui répond à cinquante appels mal qualifiés n’apporte pas nécessairement plus qu’une personne qui traite vingt demandes correctement.

Comparez le besoin initial au réalisé après un, trois et six mois. Ajustez la formation, les outils et l’organisation avant de conclure que « la personne n’est pas autonome ». Formalisez les retours des deux côtés et respectez les étapes légales si une difficulté persiste.

La croissance impose aussi de revoir la méthode d’organisation de la petite entreprise : planning partagé, demandes centralisées, responsabilités et continuité pendant les absences.

9. Après l’embauche : les autres obligations de l’employeur

Une fois le salarié installé, d’autres démarches reviennent pendant toute la durée du contrat. Chacun des guides ci-dessous répond à une seule situation.

SituationGuide à consulter
Poser les congés et calculer les droits acquisCongés payés en TPE : calcul et organisation
Un salarié envoie un arrêt de travail pour maladieArrêt maladie : démarches de l’employeur en TPE
Un salarié se blesse au travail ou sur son trajetAccident du travail d’un salarié : démarches employeur
Le contrat prend fin : démission, fin de CDD, licenciement ou rupture conventionnelleDocuments de fin de contrat : checklist employeur

Sources officielles : Urssaf — déclaration préalable à l’embauche ; Urssaf — service Première embauche ; Urssaf — simulateur de salaire brut, net et coût employeur ; Service Public Entreprendre — formalités d’embauche (vérifiée le 1er juin 2026) ; Service Public Entreprendre — informations écrites à remettre au salarié (décret n° 2023-1004) ; Code du travail numérique — le contrat de travail est-il obligatoirement écrit ? ; Code du travail numérique — visite d’information et de prévention ; Service Public Entreprendre — complémentaire santé d’entreprise ; Service Public Entreprendre — projet de loi sur la transparence des salaires (10 septembre 2026) ; Service Public — santé et sécurité au travail ; Service Public Entreprendre — obligations d’affichage dans l’entreprise (vérifiée le 8 juillet 2026) ; Code du travail, article R1221-2 (formalités accomplies par la DPAE) ; Code du travail, article L4622-6 (cotisation au service de prévention et de santé au travail). Consultées le 29 septembre 2026, et le 1er octobre 2026 pour les trois dernières. Les règles dépendent du contrat, du secteur et de la convention collective ; faites valider votre situation.

Questions fréquentes

Quand faire la DPAE ?

Avant la prise de poste et au plus tôt huit jours avant l’embauche, selon l’Urssaf. Conservez l’accusé de réception.

Faut-il un contrat écrit pour un CDI ?

Pas toujours. Un CDI à temps plein peut être conclu sans écrit, sauf si la convention collective l’impose ; un CDI à temps partiel doit être écrit. Dans tous les cas, l’employeur remet au salarié les informations principales de la relation de travail par écrit, dans les 7 jours puis dans le mois selon l’information.

Combien coûte un premier salarié ?

Plus que son salaire brut : cotisations patronales, complémentaire santé, équipement, formation et temps d’encadrement s’ajoutent. Le simulateur de l’Urssaf donne le coût total employeur d’un salaire brut ; les aides éventuelles dépendent de votre situation et se vérifient au moment de l’embauche.

Le document unique est-il obligatoire dès le premier salarié ?

L’évaluation et la transcription des risques dans le DUERP concernent l’employeur dès qu’il emploie des travailleurs. Préparez-le avant l’arrivée et mettez-le à jour selon les règles applicables.

Peut-on utiliser un CDD pour tester un salarié ?

Non comme motif autonome. Le CDD doit répondre à un cas de recours légal. La période d’essai et le choix du contrat doivent être cadrés correctement.

En résumé

Le premier salarié ne doit pas seulement absorber du travail : il doit rejoindre un poste finançable, explicable et sécurisé. Validez le besoin, budgétez tous les coûts, choisissez le cadre légal, préparez les formalités et remettez les informations écrites dans les délais, puis organisez une montée en autonomie progressive. Le recrutement révèle l’organisation de l’entreprise ; profitez-en pour rendre les règles transmissibles.

Si le poste se prête à l’alternance, comparez cette checklist avec les étapes, coûts et aides pour embaucher un apprenti en TPE.

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