Prospection par email et téléphone : les règles à respecter en 2026
Depuis le 11 août 2026, démarcher un particulier par téléphone exige en principe son consentement donné avant l’appel. L’email, le SMS et l’appel n’obéissent pas aux mêmes règles, et un prospect professionnel ne se traite pas comme un consommateur. Ce guide réunit les règles en vigueur, canal par canal, puis la méthode pour les appliquer : fichier propre, preuve du consentement, message clair et refus respectés.
1. Avant tout contact, répondez à cinq questions
- Qui contactez-vous ? Un consommateur ou une personne dans un contexte professionnel.
- Par quel canal ? Email, SMS, appel humain, automate d’appel ou courrier.
- D’où vient la coordonnée ? Collecte directe, client existant, annuaire, partenaire ou fournisseur de fichier.
- Pourquoi ce contact est-il pertinent ? Objet professionnel, produit analogue déjà acheté, contrat en cours ou consentement spécifique.
- Comment la personne peut-elle refuser ? Lien, réponse, adresse dédiée ou demande orale immédiatement enregistrée.
Ne transposez pas une règle d’un canal à l’autre. L’autorisation d’envoyer un email n’autorise pas automatiquement un appel. Une adresse publiée en ligne n’est pas non plus un consentement général à recevoir n’importe quelle offre.
Les règles par canal en un coup d’œil
| Canal | Vers un particulier | Vers un professionnel | Dans tous les cas |
|---|---|---|---|
| Email, SMS, MMS | Accord préalable, sauf client déjà acquis sollicité pour des produits ou services analogues | Pas d’accord préalable si l’offre est liée à sa profession ; information sur l’usage de ses données | Expéditeur identifié et moyen gratuit de refuser dans chaque message |
| Appel par une personne | Accord préalable depuis le 11 août 2026, sauf contrat en cours ou presse ; du lundi au vendredi, 10 h-13 h et 14 h-20 h ; quatre appels au plus sur trente jours, tentatives sans réponse comprises | Intérêt légitime possible si l’appel est lié à son activité ; information et opposition simple | Se présenter et enregistrer tout refus dans la liste repoussoir |
Ce tableau résume le principe. Les sections suivantes détaillent les exceptions, les preuves à garder et les secteurs soumis à des règles particulières.
2. Email et SMS vers les particuliers : consentement en principe
Pour une prospection commerciale par email, SMS, MMS ou automate d’appel vers un particulier, le principe est le consentement préalable. Il doit être libre, spécifique, éclairé et exprimé par une action positive. Une case précochée ou l’acceptation globale de conditions générales ne suffit pas.
Une exception existe pour un client déjà acquis lorsque la prospection concerne des produits ou services analogues fournis par la même entreprise. La personne doit avoir été informée lors de la collecte et pouvoir s’opposer simplement, au moment de la collecte puis dans chaque message.
Un compte gratuit, une demande de devis ou le téléchargement d’un document ne transforme pas nécessairement la personne en client pour cette exception. La CNIL détaille la distinction entre messages promotionnels, transactionnels et relationnels. Classez vos messages selon leur finalité réelle, pas selon leur objet affiché.
Répondre à une personne qui vient de vous contacter n’a pas le même objet que la solliciter. Un accusé de réception, vos horaires ou un lien pour préciser sa demande répondent à sa démarche ; une promotion sans rapport glissée dans ce message le rapproche de la prospection. C’est aussi la règle d’usage de Rappli, qui envoie un SMS après un appel manqué : ce SMS ne s’adresse qu’aux personnes qui vous ont appelé, jamais à un fichier de prospects.
3. Email B2B : pertinence professionnelle et droit d’opposition
La prospection électronique vers une adresse professionnelle peut, sous conditions, reposer sur l’intérêt légitime lorsque le message est en rapport avec la profession de la personne. Une offre de logiciel de caisse adressée au responsable d’un commerce est plus pertinente qu’une proposition sans lien avec son rôle.
Informez la personne de l’utilisation de ses données et permettez-lui de s’opposer facilement et gratuitement. Identifiez l’expéditeur, n’utilisez pas d’objet trompeur et limitez les informations collectées à ce qui est nécessaire.
Une adresse nominative professionnelle reste une donnée personnelle. Le sigle « B2B » n’efface donc ni l’obligation d’information ni le droit d’opposition. Pour un panorama plus large, consultez notre guide RGPD pour TPE.
Autres voies pour trouver des clients professionnels
La sollicitation directe n’est pas le seul chemin en B2B. Sur LinkedIn, on crée d’abord une relation par les contenus avant de proposer un échange : voir LinkedIn pour TPE B2B : profil, contenus et prospection. Vous pouvez aussi confier une partie de la recherche à un intermédiaire, dont le statut change vos obligations (apporteur d’affaires ou agent commercial : la différence), ou répondre aux consultations des acheteurs publics (répondre à un marché public quand on est une TPE).
Avant d’engager une grosse commande avec un nouveau client, vérifiez la solvabilité de ce client B2B avant de signer : identité, comptes publiés, procédures en cours.
4. Prospection téléphonique : les règles depuis le 11 août 2026
Vers un particulier : un accord donné avant l’appel
Depuis le 11 août 2026, il est en principe interdit de démarcher par téléphone un consommateur qui n’a pas donné son consentement avant l’appel, directement ou par un prestataire. Ce régime vient de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 et du décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026. Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable, exprimé par un acte positif : une case non précochée, par exemple.
Il vaut un an au plus à compter de son recueil et ne peut pas être renouvelé tacitement (article R223-1 du Code de la consommation). Le professionnel garde la preuve pendant trois ans à compter du recueil et la remet gratuitement, sur un support durable, au consommateur qui la demande (article R223-2).
Exceptions et secteurs interdits
L’accord préalable n’est pas exigé pour un appel lié à un contrat en cours et en rapport avec son objet, ni pour la vente de journaux, périodiques ou magazines. Une offre sans lien direct ne doit pas être glissée dans un appel de suivi pour contourner la règle. La rénovation énergétique, l’adaptation du logement à la perte d’autonomie et le compte personnel de formation font l’objet d’interdictions particulières.
Jours, horaires et fréquence
Les appels de prospection vers un consommateur ne sont permis que du lundi au vendredi, hors jours fériés, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h. Un même professionnel, y compris par un tiers qui appelle pour son compte, ne peut pas démarcher ni tenter de démarcher un même consommateur plus de quatre fois sur trente jours calendaires (article D223-9) : un appel resté sans réponse compte donc dans la limite.
Bloctel et sanctions
Depuis le 11 août 2026, un particulier n’a plus besoin de s’inscrire sur Bloctel pour être protégé. Un fichier « nettoyé » avec Bloctel ne prouve donc plus qu’un appel est permis. Selon Service Public, un manquement expose à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale.
Vers un professionnel : intérêt légitime et opposition
Ces règles protègent les consommateurs. Pour un appel à un professionnel, la CNIL admet l’intérêt légitime lorsque la sollicitation est liée à son activité, à condition de l’informer et de lui permettre de refuser simplement et gratuitement. En cas de doute sur la qualité de la personne jointe, appliquez les règles les plus protectrices. La DGCCRF détaille les obligations des entreprises qui démarchent par téléphone.
5. Un consentement utile doit être prouvable et compréhensible
Conservez la formulation présentée, la date, le canal, la source, l’identité ou identifiant de la personne et la preuve de son action. Si un partenaire collecte pour vous, documentez la liste ou les catégories de destinataires annoncées et vérifiez que votre usage était couvert. Pour le téléphone vers des particuliers, notez aussi la date d’expiration du consentement, un an au plus après son recueil.
Ne regroupez pas plusieurs finalités dans une seule case : recevoir la newsletter de l’entreprise et accepter des appels de partenaires sont deux choix distincts. Le retrait doit être aussi simple que l’accord. Une personne qui retire son consentement ne doit pas réapparaître dans une campagne lors du prochain import.
6. Construire un fichier de prospection sans acheter un problème
Pour chaque ligne, gardez la source, la date de collecte, le contexte, le canal autorisé, la preuve, la dernière sollicitation et le statut d’opposition. Définissez une durée de conservation liée à votre cycle commercial et réévaluez les contacts inactifs.
Avant d’acheter ou louer un fichier, demandez les textes de collecte, la méthode de preuve, les canaux couverts, l’âge des données et la gestion des oppositions. Une promesse vague de « fichier RGPD » ne démontre rien.
Dédupliquez les imports, normalisez les numéros et testez un petit échantillon. Une base plus courte, récente et cohérente avec votre offre coûte moins cher, génère moins de plaintes et produit souvent davantage de conversations utiles.
Si vous passez par un outil, vérifiez qu’il garde pour chaque contact la source, la preuve, la date du dernier appel et l’opposition, et qu’il bloque les numéros de la liste repoussoir. Notre comparatif des logiciels de prospection commerciale examine notamment l’origine des données et l’arrêt des séquences après une opposition.
7. Rédiger une sollicitation que le destinataire peut juger en dix secondes
Commencez par une raison concrète, liée au contexte du destinataire. Présentez votre identité réelle et la valeur proposée sans fausse urgence. Une seule action principale suffit : répondre, choisir un créneau ou consulter une ressource pertinente.
Évitez les objets qui imitent une réponse, les affirmations invérifiables et les relances culpabilisantes. Un premier message B2B peut suivre cette structure :
- pourquoi vous contactez précisément cette personne ;
- quel problème observable vous pouvez aider à résoudre ;
- une preuve ou précision utile ;
- une question courte ;
- l’identité de l’émetteur et le moyen de ne plus être contacté.
La personnalisation ne consiste pas à injecter un prénom dans un texte générique. Elle consiste à réduire l’écart entre le besoin probable et la proposition. Pour savoir quels canaux méritent cet effort, voyez comment équilibrer ses leviers d’acquisition pour trouver plus de clients.
8. La liste repoussoir évite de recontacter une personne opposée
Lorsqu’une personne refuse, enregistrez le minimum nécessaire pour empêcher une nouvelle sollicitation : coordonnée normalisée, canal, date et portée du refus. Cette liste ne sert pas à prospecter ; elle sert à exclure.
Synchronisez-la avec tous les outils : CRM, emailing, téléphonie, fichiers locaux et prestataires. Traitez les demandes sans délai injustifié. Si une opposition arrive pendant un appel, ne forcez pas une justification et confirmez simplement sa prise en compte.
9. Mesurer une campagne sans confondre pression et performance
Suivez les délivrances, réponses utiles, rendez-vous, opportunités, ventes, oppositions et plaintes. Un taux d’ouverture ne dit pas si le message était pertinent. Depuis sa recommandation du 14 avril 2026, la CNIL considère que mesurer l’ouverture d’un courriel avec un pixel de suivi exige en principe le consentement du destinataire, sauf usages très encadrés comme la délivrabilité de certains messages transactionnels. Préférez les réponses, les clics et les rendez-vous obtenus.
Fixez une fréquence maximale par contact et une règle d’arrêt. Une séquence courte et cohérente vaut mieux qu’une relance automatique indéfinie. Analysez les résultats par source et segment pour supprimer les canaux qui génèrent surtout des refus. Une réponse positive n’est qu’un début : la méthode pour convertir un prospect en client quand on est artisan prend ensuite le relais, de la qualification au devis signé.
10. Checklist avant d’appuyer sur « Envoyer »
- Le destinataire est qualifié B2B ou B2C.
- Le canal et la finalité sont identifiés.
- La source des coordonnées est documentée.
- Le consentement existe et couvre ce canal lorsqu’il est requis.
- La preuve est conservée avec sa date et sa formulation.
- Le message est lié au métier ou au besoin attendu.
- L’émetteur est identifiable sans ambiguïté.
- Le refus est simple, gratuit et immédiatement traité.
- La liste repoussoir est appliquée avant l’envoi.
- Les doublons et coordonnées invalides sont retirés.
- La fréquence et le nombre de relances sont plafonnés.
- Les règles sectorielles et la date d’envoi ont été vérifiées.
- Pour un appel à un particulier : consentement de moins d’un an, créneau autorisé et moins de quatre appels ou tentatives sur les trente derniers jours.
Pour une campagne téléphonique vers des particuliers, contrôlez chaque ligne avant l’appel : consentement daté, preuve disponible, jour et heure autorisés, nombre d’appels déjà passés. Un ancien export Bloctel ou une coordonnée rendue publique ne remplace pas ce consentement.
Questions fréquentes
Comment réussir une première prise de contact avec un prospect ?
Donnez une raison précise de le contacter, présentez-vous, posez une seule question et indiquez comment ne plus être sollicité. Par téléphone, demandez d’abord si le moment convient ; le script de prospection B2B propose une ouverture de vingt secondes.
Puis-je contacter une entreprise grâce à une adresse trouvée sur son site ?
Pas automatiquement pour n’importe quelle offre. Vérifiez la pertinence professionnelle, informez la personne, respectez son opposition et tenez compte du caractère nominatif ou générique de l’adresse.
Une demande de devis autorise-t-elle une newsletter ?
La réponse et le suivi de la demande sont attendus. Une newsletter promotionnelle constitue une autre finalité et nécessite une base appropriée, souvent un consentement distinct en B2C. Le guide pour construire une liste de newsletter utile et conforme détaille ce recueil.
Puis-je encore appeler un client existant ?
Oui si l’appel porte sur un contrat en cours et sur son objet : c’est une exception prévue par la loi. Pour lui proposer une offre sans rapport direct, il faut en principe son accord préalable, comme pour tout particulier.
Faut-il encore consulter Bloctel avant d’appeler ?
Pour les particuliers, ce n’est plus le bon contrôle. Depuis le 11 août 2026, l’inscription sur Bloctel n’est plus nécessaire pour être protégé, puisque l’appel exige en principe un accord préalable. Vérifiez ce consentement et sa preuve, pas l’absence d’inscription.
Combien de relances sont autorisées ?
Par téléphone vers un particulier, quatre appels au plus sur trente jours pour un même professionnel, tentatives sans réponse comprises, dans les créneaux autorisés. Par email ou en B2B, aucun nombre n’est fixé : choisissez une fréquence proportionnée et cessez dès la première opposition.
Pour approfondir ce canal sans le confondre avec un message de service, consultez le guide du SMS marketing en TPE : consentement, opposition, preuve, rédaction, test et suivi d’une campagne.
Pour passer de la règle au terrain, préparez un script de prospection téléphonique B2B court, des questions utiles et une issue explicite à chaque appel.
Sources officielles
- CNIL — Communications électroniques aux prospects et clients, 10 juin 2026
- CNIL — Prospection commerciale par téléphone : quelles sont les règles ?
- CNIL — Recommandation sur les pixels de suivi dans les courriels, 14 avril 2026
- Service Public — Démarchage téléphonique : règles depuis le 11 août 2026
- DGCCRF — Nouvelles règles du démarchage téléphonique, 27 juillet 2026
- Légifrance — décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 relatif au consentement au démarchage téléphonique
- Légifrance — Code de la consommation, articles R223-1 à D223-9 (consentement, preuve, horaires)
Sources consultées le 29 septembre 2026. Les règles peuvent varier selon le secteur, le canal et la situation ; contrôlez les textes applicables avant une campagne.
En résumé
Avant une campagne, identifiez le canal, la qualité du destinataire et la base qui autorise le contact. Depuis le 11 août 2026, appeler un particulier suppose en principe son accord préalable, daté et prouvé, dans des créneaux limités. Documentez l’origine de chaque coordonnée, traitez les refus dans une liste repoussoir et contrôlez les règles de votre secteur avant d’envoyer.
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